mardi 24 juillet 2012

KENT


         Pour célébrer la sortie toute récente de son album Panorama, Kent fait escale à Béthune. Il se présentera sur scène en duo avec un autre guitariste Fred Pallem et nous proposera de revisiter ses plus grands succès de Betsy Party à L’Homme De Mars en passant par J’Aime Un Pays et Tous Les Mômes. Trente ans de chansons !

Kent est-il encore un rocker ?

         J’en entends qui persiflent déjà : en panne d’inspiration, il nous refourgue un best of. Kent insiste au contraire sur le fait qu’il ne s’agit, ni en studio ni en live, d’un simple enchaînement de tubes mais d’un panorama de ce qu’il a été, de ce qu’il est à la lumière d’aujourd’hui. « J’ai envie que tout le monde puisse écouter ces chansons comme des découvertes. Elles ont évolué, le monde a changé autour d’elles, leur résonance est différente ». Les versions originales avaient besoin d’un relooking, elles ont été rhabillées de neuf. Kent dit « se méfier plus de la nostalgie que de la grippe A/H1N1 ». Il ne faudrait pas pour autant qu’il exagère dans l’autre sens. Je garde en mémoire ce qu’il déclarait dans une interview accordée à Pierre Derensy le 18 août 2003 : « Le rock a cristallisé des attitudes comme des décalcomanies. On ne s’en rend pas compte parce qu’on est amoureux…Le rock, tant qu’on est amoureux, on n’en voit pas les défauts mais dès qu’on recule et qu’on met de la distance, on se dit Oh putain… » (rire). Je sais bien qu’un panorama, ça se découvre de haut et de loin mais de là à renier son statut de rocker !

Inoxydable

         Kent tient quand même à préciser que sa prestation scénique n’est pas uniquement acoustique. « Certains titres font même beaucoup de bruit ». A Béthune, vous n’aurez pas droit aux invités surprise qui ont participé à l’aventure discographique, il vous faudra faire le déplacement jusqu’à Paris (La Cigale, le 19 novembre). Que voulez-vous ? On est en province. Mais parlons un peu de l’album. La photo de la pochette -portrait de Kent de profil, plan serré, fond blanc- est l’œuvre de Sylvain Gripoix.18 titres+le ghost track Papillon De Nuit et 2 bonus en téléchargement, A Quoi Rêvons-Nous ? et Louis Louis Louis. Betsy Party est chantée en duo avec Arthur H.. Kent n’avait pas rejoué ce morceau depuis 82, depuis la fin de Starshooter. Pour l’anecdote : en 79, lors d’un concert du groupe à Paris, Jackie Berroyer était venu leur dire bonjour dans les loges, accompagné d’un gosse dont il avait la charge ce soir-là et ce gosse, c’était Arthur. Ce dernier n’est pas le seul à donner la réplique à Kent. Il faut encore citer Dominique A. (Je Suis Un Kilomètre), Barbara Carlotti (Tous Les Mômes), Agnès Jaoui (Paroles D’Homme) et surtout Suzanne Vega (Juste Quelqu’un De Bien). Quant à la chanson-titre, elle a été composée par Calogero. Je terminerai bien sûr par Inoxydable, une chanson que Kent avait écrite après un concert de Dr Feelgood à la Bourse du Travail de Lyon en 75. C’est en rejoignant la Croix Rousse sur sa mobylette que lui était venu le riff d’Inoxydable totalement inspiré par le jeu de guitare de Wilko Johnson. Venez nombreux au concert de Béthune pour le conforter dans sa conviction que le rock est inoxydable.

                                                                                       Jumpin’ Jack Devemy

_JONATHAN RICHMAN_

         « Ce garçon fondu du Velvet Underground, au point de quitter son bled avec sa guitare et son ampli pour rencontrer Lou Reed à New York, et puis, tout d’un coup :guitare sèche, ambiance de grand dadais scout mais avec une vraie sensibilité, une touche qu’on ne trouve pas ailleurs. C’est un regard naïf et rigolard sur le monde, joueur et fragile, pas bien préoccupé par ce qui se fait ou ne se fait pas, juste un regard très beau, très pur. » Tous les fans inconditionnels auront bien sûr reconnu Jojo dans ce portrait tracé par Louis-Stéphane Ulysse, extrait du blog que l’écrivain dédie à son roman La Fondation Popa.

Je n’attends rien de Jonathan

         Jonathan Richman est né  le 16 mai 1951 à Natick, près de Boston, dans le Massachusetts. Son enfance solitaire, il la passe à écouter des disques plutôt qu’à étudier. L’un des premiers acheteurs de l’album à la banane, il tombe amoureux du Velvet et décide, à seize ans, de partir vivre à New York pour y approcher ses idoles. Il parvient rapidement à les côtoyer, assiste à tous leurs concerts. L’espace d’un soir, il assure même leur première partie. Mais, le reste du temps, parce qu’il faut bien subsister, il chante seul dans les rues en s’accompagnant à la guitare.  « J’étais seul, très seul », racontera-t-il, « mais j’avais du cran. » Il effectue un tas de petits boulots, travaille comme coursier pour le magazine Esquire. Les deux premières semaines, il est hébergé par le manager du Velvet, Steve Sesnick, qui lui prête gentiment son canapé. Il doit ensuite se réfugier dans un hôtel miteux, infesté de rats, l’Hôtel Albert. Trop, c’est trop ! En 1970, il retourne dans son faubourg de Boston, mais avec la ferme intention de fonder un groupe de rock sur le modèle du Velvet. Il met son projet à exécution avec l’aide de son voisin et ami d’enfance John Felice, futur guitariste des Real Kids. Tous deux ont tôt fait de recruter David Robinson, futur Cars (Bah tiens, on va se gêner !), à la batterie et Rolfe Anderson à la basse. Six mois plus tard, ce dernier est remplacé par Ernie Brooks, futur bassiste d’Elliott Murphy (Tant qu’à faire !), alors que Jerry Harrison, futur Talking Heads, fait son apparition aux claviers. Ce line-up de légende restera inchangé jusqu’à la dissolution du groupe à l’automne 1973. Ne restait plus qu’à trouver un producteur à la hauteur en la personne de John Cale. C’est lui qui produit leur premier et unique album au titre éponyme, The Modern Lovers. Le disque est enregistré en 1973, mais il mettra trois ans à sortir, orné d’un cœur stylisé au contour bleu sur fond noir. Deux couleurs qui siéent parfaitement à la sombre beauté du spleen velvetien, mais ce qui fait l’originalité de cet album culte, c’est ce mélange de fraîcheur, de foi, de sincérité, voire de naïveté, qui est la marque de fabrique du chanteur. On notera par exemple l’hilarant Pablo Picasso dans lequel Richman compare son manque de réussite avec les femmes aux exploits du peintre dans ce domaine. « Il y a des gens qui essaient de draguer les filles et se font traiter de trous du c.. / Ca n’est jamais arrivé à Pablo Picasso, contrairement à toi ! » Dans I’m Straight (Je Suis Normal) il explique qu’il n’est ni drogué, ni alcoolique, ni homo et qu’il préfère l’amour romantique à la liberté sexuelle. Dans Hospital il raconte qu’il fréquente les pâtisseries toute la journée pour combler le manque de douceur dans sa vie. Quant à Old World, il y clame son amour du Vieux Monde, de ses parents et de la tradition. Le problème (mais est-ce un problème ?) avec Jonathan Richman, c’est que, malgré ses efforts désespérés pour briser sa solitude, il est totalement incapable de se fondre et se confondre avec les autres. Irrémédiablement seul, il nage à contre-courant. Ils sont tous chevelus sur la pochette, sauf lui. En pleine période hippie, il rejette l’allure et les idées en vogue. A posteriori, certains rock critics, en mal d’étiquette, le qualifieront alors de « proto-punk ».Même si les Sex Pistols ont repris Roadrunner (les Pixies ont bien repris Leonard Cohen), un jeune homme clean comme Jonathan n’a pas l’âme punk. A la sortie de l’album, en 1976, le groupe n’existe plus depuis longtemps et même le Velvet ne trouve plus grâce à ses yeux. Il ne veut plus entendre parler de ses anciennes chansons ni du son du Velvet.

Parce que sa beauté est brute et sauvage

         Tout bascule à la suite d’une série de concerts en solo donnés à son initiative dans des hôpitaux psychiatriques. Il en sort bouleversé. « J’ai joué pour ces enfants retardés -âgés de huit à soixante ans- et j’ai réalisé qu’ils me comprenaient bien mieux que les gens soi-disant normaux (…). J’ai compris alors que je voulais m’éloigner de la direction que prenait notre musique. » Au revoir Lou Reed et ses lunettes noires. Comme dirait un autre Jojo : « Pour moi du gris j’n’en veux plus dans ma vie, oh, oh. » Jonathan n’est pas du genre à marcher du côté sauvage des choses. Il aime les choses simples :les insectes (Hey There Little Insect), l’abominable homme des neiges en visite au supermarché (Abominable Snowman In The Market), les Martiens (Here Come The Martian Martians), les dinosaures (I’m A Little Dinosaur), ou encore le marchand de glaces (Ice Cream Man). Sa nouvelle obsession : faire le moins de bruit possible, c’est pourquoi il se met au rock acoustique. Et depuis plus de trente ans, Jonathan Richman continue son petit bonhomme de chemin en baladin solitaire. Je vous aurais bien narré, par le menu, l’aventure musicale de cet artiste foncièrement atypique si je ne voyais déjà poindre les branches de ciseaux de mon impitoyable rédacteur en chef. Sachez seulement qu’il sera bientôt chez nous, flanqué de son batteur Tommy Larkins, qui joue avec lui depuis 1995, et qu’il nous fera découvrir son nouvel album Because Her Beauty  Is Raw And Wild, paru en avril 2008.

                                                                             Jumpin’ Jack Devemy  

HEROS  LEGENDAIRES  
                         EN  HOMMAGE  A
                               RORY  GALLAGHER

Il est environ vingt heures ce mardi 25 octobre 1994. Dans le petit bâtiment annexe qui sert de coulisses à l’ancien Aéronef, situé rue Colson, Rory Gallagher me dédicace mon billet, quelques instants avant de monter sur scène. Initialement prévu le 14, le concert avait dû être reporté pour raisons médicales. Certes, je savais qu’il avait pris la fâcheuse habitude de mélanger alcool et médicaments et qu’à la longue, son état de santé s’aggravait, mais j’étais à mille lieues de penser que c’était ma dernière rencontre avec Rory, sa chemise à carreaux, son blue-jean usé, sa Strato…et son beau sourire si généreux. Il devait en effet décéder huit mois plus tard, le 14 juin 1995, au King’s College Hospital à Londres, des suites de complications après une greffe du foie. Il n’avait que 47 ans.

Personne ne l’a oublié, et surtout pas ses collègues musiciens irlandais, qui lui rendront bientôt hommage : Taste avec qui Rory  commença véritablement sa carrière, Eric Bell (ex-Thin Lizzy) et Pat Mc Manus (ex-Mama’s Boys). Andy Powell (Wishbone Ash) , en invité spécial, viendra compléter cette affiche prestigieuse. Des rumeurs susurrent même que, ce soir-là, une belle surprise serait réservée au public, mais chut !

Taste :un bon goût de blues

Précisons tout d’abord que nous aurons le plaisir d’accueillir la seconde mouture de Taste, celle qui a couvert les années 68-70, la seule qu’on retrouve sur disque (si l’on excepte la démo de 67 In The Beginning, signée par la première section rythmique : le bassiste Eric Kitteringham et le batteur Norman Damery). En mai 68 donc, Rory, qui vient tout juste d’avoir 19 ans, remanie le groupe. Richard  « Charlie » Mc Cracken (ex-Spencer Davis Group) s’installe à la basse et John Wilson (ex-Them) à la batterie. La nouvelle formation prend ses quartiers à Londres et signe avec le label Polydor. Ils sont bien partis pour réussir car la formule du « power trio »est à l’honneur et on les considère vite comme les concurrents potentiels de Cream. En 69, leur premier album éponyme Taste ne rencontre pas un grand succès commercial. Qu’importe ! Il ravit les amateurs de blues aux « saveurs » rock. La même année, Taste assure la première partie de Cream avant de tourner au Canada et aux Etats-Unis en compagnie du super-groupe Blind Faith. En 70, sortie de leur second et ultime album studio, curieusement intitulé On The Boards (Sur Les Planches). Rory y joue de la guitare acoustique ou électrique, de la mandoline, de l’harmonica et même …du saxophone ! Le disque atteint cette fois la 18ème place des charts britanniques. Ne manque plus à Taste que son bâton de maréchal, il le gagne à la faveur du festival de l’île de Wight, le vendredi 28 août 1970. Il passe en fin de soirée avant Family et Cactus et obtient cinq rappels. Plus tard cette même année, Taste fait une tournée en Europe et en Scandinavie avant de donner son dernier spectacle à Belfast. Le groupe se sépare sur fond de dissensions financières. Richard Mc Cracken et John Wilson fondent alors avec Jim Cregan et John Weider (ex-Family) le groupe de jazz-rock Stud avant de ressusciter Taste en 2006. « Avec de nombreux autres groupes et musiciens du monde entier, nous voulons garder la musique et la mémoire de Rory vivantes » dit John Wilson. Et qui s’y colle pour remplacer Rory ? Sam Davidson, guitariste –chanteur originaire de Belfast. Là où il est, Rory doit être en train de trinquer à sa santé, une pinte de Guinness à la main, en se référant au proverbe irlandais : « Bois aujourd’hui pour étancher ta soif de demain ».

                                                    Jumpin’ Jack Devemy

FRENCH  COWBOY


         Nous qui aimions les Petits Lapins n’avions qu’une crainte. Qu’une maladie industrielle, bien pire que la myxomatose, ne vienne les rayer à tout jamais de notre paysage musical. Nous n’aurions pas été autrement surpris si leur major, Barclay en l’occurrence, les avait lâchés en plein milieu du gué ou si leur vente de disques, déjà confidentielle, n’avait pas survécu au téléchargement, ce fléau des temps modernes. Mais l’ennemi était ailleurs. A l’intérieur.

17 ans : record de longévité pour des lapins

         Le groupe rock français The Little Rabbits est originaire de la Landebaudière, faubourg de La Gaubretière (ça ne s’invente pas, des noms pareils !), près de La Roche-sur-Yon, en Vendée. Il se forme en 1988 avec Federico Pellegrini et Stéphane Louvain à la guitare et au chant, Gaëtan Chataigner à la basse, Eric Pifeteau à la batterie et Olivier Champain aux claviers et à l’harmonica. En 1991, il enregistre son premier disque Dans Les Faux Puits Rouges Et Gris. Textes absurdes et décalés, chantés en anglais, mélodies simples mais efficaces, guitares acoustiques, harmonica obsédant, atmosphère « archi loufoque et totale foutraque » contribuent à en faire un album culte. L’année suivante, les Little Rabbits passent en première partie de My Bloody Valentine à l’Olympia. Le deuxième album Dedalus (Souvenez-vous de la pochette Playmobil !) sort en 1993 avec l’excellent single Wasting Time. Il est suivi, 3 ans plus tard, de Grand Public, enregistré sous les manettes de Jim Waters, qui nouait là sa toute première collaboration avec le groupe. Le quatrième album Yeah ! (1998) marque un grand tournant. Nos Petits Lapins sont en train de muer. Normal, non ? Dorénavant, ils chantent en français et, avec l’arrivée du DJ Laurent Allinger, un ami de longue date, ancien animateur radio, ils utilisent des scratchs et des sons expérimentaux. Le Rabbit nouveau est arrivé. A noter la reprise du Roller Girl de Gainsbourg et la présence d’une guest star étonnante, Angie – la vraie, celle de Bowie et des Rolling Stones (ça vous épate, non ?). Et que dire des paroles jubilatoires de La Piscine : « Dans la piscine de tes parents / Oh, nom de Dieu, qu’est-ce qu’on s’emmerde ! / On s’tourne les pouces, on attend l’heure du thé / Toute la journée / Oh là là, la piscine de tes parents,  tes chers parents ! / Moi, j’ai pissé d’dans. » ? Retour en 2000, une fois la mue pleinement achevée, avec La Grande Musique. En 2003, les Petits Lapins sortent un double album compilation baptisé Radio. Le premier disque contient les plus grands titres remixés par Laurent Allinger et Jim Waters. Le second est principalement destiné aux fans qui y retrouvent, à travers les faces B des singles et des versions démos, leurs lapinous chéris d’avant la mue. Ils vont vite déchanter. En 2004, les Little Rabbits signent la B.O. du film Atomik Circus, avec Vanessa Paradis ( !!!) au chant sur 6 morceaux. Et un malheur ne venant jamais seul, ils annoncent, dans la foulée, qu’ils vont accompagner leur ami d’enfance vendéen, Philippe Katerine, pour sa tournée « Robots Après Tout » au printemps 2006. Réunis sous le nom de La Secte Machine, ils joueront sur scène … en slip coton rose ! A force de mauvaises fréquentations, arriva ce qui devait arriver. Le 26 octobre 2005, dans l’émission de Bernard Lenoir sur France Inter, Federico Pellegrini rend officielle la séparation du groupe.

Le Cowboy Français liquide les Petits Lapins

         French Cowboy (qui s’est d’abord appelé The French Cowboy & The German Dudes), c’est le nouveau projet lancé par Federico en 2006, avec 3 autres membres des Little Rabbits : Gaëtan, Stéphane et Eric. Alors, pourquoi avoir changé de nom ? Ils ne s’étaient pas engueulés et il était même prévu qu’ils fassent un autre album ensemble. Barclay était d’accord. C’est Federico qui a arrêté le truc. « Je n’arrivais plus à me projeter dans l’avenir », explique-t-il, « c'est à dire passer 2 ans à écrire un disque, je ne savais pas quoi mettre dedans. Dès que j’ai arrêté le groupe, j’ai su quoi faire puisque je le faisais tout seul, c’était plus pareil. » Il aura donc suffi qu’un petit lapin mette un chapeau et se prenne pour le chasseur pour qu’on assiste à l’enterrement des Little Rabbits et la naissance du French Cowboy. L’album qui inaugura cette nouvelle aventure, sorti en octobre 2007, s’intitule Baby Face Nelson Was A French Cowboy. Les morceaux mélancoliques entre folk, pop, soul et country, qui constituent la majeure partie du disque, laissent transparaître la fascination de Federico pour les grands espaces américains de Sergio Leone. L’album a été mixé à Tucson, en Arizona, c’est dire. Quant au maître d’œuvre, il s’agit, une fois de plus, de leur vieux comparse : Jim Waters, producteur entre autres de Sonic Youth et Jon Spencer Blues Explosion. Et que les fans de la première heure se rassurent, l’esprit cuniphile n’est pas mort ! Je n’en voudrais pour preuves que 3 titres : Shake, Supermarket qui rappellent irrésistiblement les Buzzcocks et La Ballade De Baby Face Nelson, clin d’œil appuyé au bon vieux Gainsbourg. Si, malgré tout, vous êtes déçus à l’écoute du disque, rendez-vous à Amiens pour le concert et n’hésitez pas, au rappel, à leur réclamer à cor et à cri La Mer, un des titres qui figure sur leur tout premier album. Je sais, ça les énerve. Ca leur apprendra à tuer les Petits Lapins ! « Et tout le monde va à la plage / Parce qu’il est bien joli / Et tout le monde s’amuse bien / A la plage. »



                                                                           Jumpin’ Jack Devemy

EDDIE AND THE HOT RODS


            Non, non, non, non, Eddie and the Hot Rods(Eddie et les Verges Chaudes), il est pas mort ! Car il ban.. encore !!! Car il ban.. encore !!!... On le verra à la Boîte à Musique de Wattrelos, le 9 mars prochain, avec BP Zoom en première partie et son bassiste Jules Delbarre, digne fils de son père.

C’est qui, Eddie ?

            Tout a commencé il y a plus de 30 ans. Dans un pub, c’est souvent le cas en Angleterre. Nous sommes à Rochford, dans le comté d’Essex, au nord de Londres. C’est dimanche. Barrie et Steve, deux camarades de classe, déjeunent. Barrie Masters est un fervent adepte du football et de la boxe. Steve Nicol a hérité de son père, qui joue dans un orchestre de danse, quelques talents de batteur. Un type nommé Pete Wall, guitariste, les aborde et leur propose de monter un groupe. Comme Barrie connaît les paroles de trois chansons, il est bombardé chanteur. Et ils lèvent leur pinte de bière au groupe qui vient de naître, sitôt baptisé Buckshee. Ils seront vite rejoints par un second guitariste, Dave Higgs. Ce dernier a joué avec Wilco Johnson Sparko et Lee Brilleaux dans The Fix, une formation qui préfigure Dr Feelgood. Etant le plus vieux, il branche ses jeunes complices sur le rhythm’n’blues puis commence à écrire des compositions originales. Pete Wall, qui ne veut pas devenir pro, quitte le groupe. Manque un bassiste. Suite à une petite annonce passée dans le Southend Evening Echo, Paul Gray se présente. Il n’a que 15 ans et va encore à l’école. Dave lui demande : «Tu joues vite ? ». « Oui ! » répond Paul, sans vraiment savoir : il n’a jamais été dans un groupe auparavant ! « Alors, on te prend ! » Ils répètent deux ou trois soirs par semaine dans un vieux garage jusqu’à ce qu’une pétition des voisins les foute à la porte. Puis ils s’en vont écumer les petites salles à travers l’Essex. « A chaque fois que nous jouions, il y avait une bagarre. » Un certain 5 novembre, ils voient des gosses dans la rue promener leur poupée de Guy Fawkes et demander aux passants : « a penny for the guy ». Ca leur donne une idée. Ils fabriquent un pantin, l’attifent d’un costume rayé, un chapeau mou et des lunettes noirs. Ils l’installent au fond de la scène, soutenu par un pied de micro, mains dans les poches et cigarette aux lèvres. Et pendant tout le concert Barrie s’adresse à lui en l’appelant Eddie. Telle est donc la véritable origine de Eddie and the Hot Rods, contrairement à ceux qui afirment qu’ils tirent leur nom de leur (futur) manager Ed Hollis. Bientôt les Rods décident de sortir de leur région et descendent à Londres. « Nous téléphonions aux gens vingt fois par jour, jusqu’à ce qu’ils en aient marre et nous donnent des gigs ». Bientôt tous les clubs londoniens (the Red Cow, the Newlands Tavern, Dingwalls, The Nashville) les connaissent et ils acquièrent une certaine notoriété. Feelgood leur trouve une série de concerts au Kensington. Island les remarque et les signe en novembre 75 (octroyant à chacun le mirifique salaire de 20£ par semaine !). Un premier single sort en mars 76 avec deux titres originaux co-écrits par Dave Higgs et Ed Hollis : Writing On The Wall et Cruisin’In The Lincoln qui sonnent comme du Feelgood. Sur scène, ils reprennent tous les classiques : Get Out Of Denver de Bob Seger, Route 66, Shake, The Kids Are Alright, On The Run, 96 Tears de Question Mark and the Mysterians, Satisfaction... Mars 76 voit aussi le départ de “l’harmoniciste fou” Lew Lewis qui était arrivé en même temps que Dave Higgs. N’avait-il pas aussi la mauvaise habitude, après un concert et plusieurs pintes de lager, de se soulager par la porte ouverte du minibus qui les ramenait à l’hôtel, ou bien encore, comme à l’Université de Reading, de sauter de scène et canarder son propre groupe avec des chopes de bière ? Leur deuxième 45 tours est une version de Woolly Bully de Sam the Sham and the Pharaohs, produit par Andy Mackay de Roxy Music. C’est en pleine tempête punk, le 12 octobre 76, qu’ils sortent leur premier album Teenage Depression. L’album atteint la 35ème place des charts anglais et la presse musicale lui fait un accueil enthousiaste.

His Masters Voice… et les autres

            Depuis le groupe a subi de nombreux changements de personnel. Au printemps 77, Graeme Douglas ex-Kursaal Flyers, est venu les rejoindre pour les quitter trois ans plus tard, imité par Gray qui sera remplacé par Tony Cranney. En 85, reformation du groupe avec Russ Strutter et Warren Kennedy. En 92, tournée européenne et retour de Gray. En 96, arrivée du batteur Simon Bowley et du guitariste Gary Loker. Vous me suivez toujours ? Vous avez bien du mérite. En 99, Paul Gray, souffrant d’acouphène, se résigne à quitter le groupe. Et le line-up actuel, me direz-vous ? Je vous le livre, s’il n’a pas changé entre-temps : Barrie Masters(chant), Simon Bowley(batterie), Chris Taylor, ex-Receeders et Richard Holgarth(guitares), Dipster(basse).

Jumpin’Jack Devemy