mardi 24 juillet 2012
FRENCH
COWBOY
Nous qui aimions les Petits Lapins
n’avions qu’une crainte. Qu’une maladie industrielle, bien pire que la
myxomatose, ne vienne les rayer à tout jamais de notre paysage musical. Nous
n’aurions pas été autrement surpris si leur major, Barclay en l’occurrence, les
avait lâchés en plein milieu du gué ou si leur vente de disques, déjà
confidentielle, n’avait pas survécu au téléchargement, ce fléau des temps
modernes. Mais l’ennemi était ailleurs. A l’intérieur.
17 ans :
record de longévité pour des lapins
Le groupe
rock français The Little Rabbits est originaire de la Landebaudière, faubourg
de La Gaubretière (ça ne s’invente pas, des noms pareils !), près de La
Roche-sur-Yon, en Vendée. Il se forme en 1988 avec Federico Pellegrini et
Stéphane Louvain à la guitare et au chant, Gaëtan Chataigner à la basse, Eric
Pifeteau à la batterie et Olivier Champain aux claviers et à l’harmonica. En
1991, il enregistre son premier disque Dans
Les Faux Puits Rouges Et Gris. Textes absurdes et décalés, chantés en
anglais, mélodies simples mais efficaces, guitares acoustiques, harmonica
obsédant, atmosphère « archi loufoque et totale foutraque »
contribuent à en faire un album culte. L’année suivante, les Little Rabbits
passent en première partie de My Bloody Valentine à l’Olympia. Le deuxième
album Dedalus (Souvenez-vous de la
pochette Playmobil !) sort en 1993 avec l’excellent single Wasting Time. Il est suivi, 3 ans plus
tard, de Grand Public, enregistré
sous les manettes de Jim Waters, qui nouait là sa toute première collaboration
avec le groupe. Le quatrième album Yeah !
(1998) marque un grand tournant. Nos Petits Lapins sont en train de muer.
Normal, non ? Dorénavant, ils chantent en français et, avec l’arrivée du
DJ Laurent Allinger, un ami de longue date, ancien animateur radio, ils
utilisent des scratchs et des sons expérimentaux. Le Rabbit nouveau est arrivé.
A noter la reprise du Roller Girl de
Gainsbourg et la présence d’une guest star étonnante, Angie – la vraie, celle
de Bowie et des Rolling Stones (ça vous épate, non ?). Et que dire des
paroles jubilatoires de La Piscine :
« Dans la piscine de tes parents / Oh, nom de Dieu, qu’est-ce qu’on
s’emmerde ! / On s’tourne les pouces, on attend l’heure du thé / Toute la
journée / Oh là là, la piscine de tes parents,
tes chers parents ! / Moi, j’ai pissé d’dans. » ? Retour
en 2000, une fois la mue pleinement achevée, avec La Grande Musique. En 2003, les Petits Lapins sortent un double
album compilation baptisé Radio. Le
premier disque contient les plus grands titres remixés par Laurent Allinger et
Jim Waters. Le second est principalement destiné aux fans qui y retrouvent, à
travers les faces B des singles et des versions démos, leurs lapinous chéris
d’avant la mue. Ils vont vite déchanter. En 2004, les Little Rabbits signent la
B.O. du film Atomik Circus, avec
Vanessa Paradis ( !!!) au chant sur 6 morceaux. Et un malheur ne venant
jamais seul, ils annoncent, dans la foulée, qu’ils vont accompagner leur ami
d’enfance vendéen, Philippe Katerine, pour sa tournée « Robots Après
Tout » au printemps 2006. Réunis sous le nom de La Secte Machine, ils
joueront sur scène … en slip coton rose ! A force de mauvaises
fréquentations, arriva ce qui devait arriver. Le 26 octobre 2005, dans l’émission
de Bernard Lenoir sur France Inter, Federico Pellegrini rend officielle la
séparation du groupe.
Le Cowboy Français
liquide les Petits Lapins
French Cowboy
(qui s’est d’abord appelé The French Cowboy & The German Dudes), c’est le
nouveau projet lancé par Federico en 2006, avec 3 autres membres des Little
Rabbits : Gaëtan, Stéphane et Eric. Alors, pourquoi avoir changé de
nom ? Ils ne s’étaient pas engueulés et il était même prévu qu’ils fassent
un autre album ensemble. Barclay était d’accord. C’est Federico qui a arrêté le
truc. « Je n’arrivais plus à me projeter dans l’avenir »,
explique-t-il, « c'est à dire passer 2 ans à écrire un disque, je ne
savais pas quoi mettre dedans. Dès que j’ai arrêté le groupe, j’ai su quoi
faire puisque je le faisais tout seul, c’était plus pareil. » Il aura donc
suffi qu’un petit lapin mette un chapeau et se prenne pour le chasseur pour
qu’on assiste à l’enterrement des Little Rabbits et la naissance du French
Cowboy. L’album qui inaugura cette nouvelle aventure, sorti en octobre 2007,
s’intitule Baby Face Nelson Was A French
Cowboy. Les morceaux mélancoliques entre folk, pop, soul et country, qui
constituent la majeure partie du disque, laissent transparaître la fascination
de Federico pour les grands espaces américains de Sergio Leone. L’album a été
mixé à Tucson, en Arizona, c’est dire. Quant au maître d’œuvre, il s’agit, une
fois de plus, de leur vieux comparse : Jim Waters, producteur entre autres
de Sonic Youth et Jon Spencer Blues Explosion. Et que les fans de la première
heure se rassurent, l’esprit cuniphile n’est pas mort ! Je n’en voudrais
pour preuves que 3 titres : Shake,
Supermarket qui rappellent irrésistiblement les Buzzcocks et La Ballade De Baby Face Nelson, clin
d’œil appuyé au bon vieux Gainsbourg. Si, malgré tout, vous êtes déçus à
l’écoute du disque, rendez-vous à Amiens pour le concert et n’hésitez pas, au
rappel, à leur réclamer à cor et à cri La
Mer, un des titres qui figure sur leur tout premier album. Je sais, ça les
énerve. Ca leur apprendra à tuer les Petits Lapins ! « Et tout le
monde va à la plage / Parce qu’il est bien joli / Et tout le monde s’amuse bien
/ A la plage. »
Jumpin’ Jack Devemy
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