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jeudi 18 octobre 2012


THE  PRETTY  THINGS







         Entre les Pretty Things et la Fête de la Musique à Marcq-en-Baroeul, c’est une longue histoire d’amour. La première fois, c’était en 1989 : un petit podium avait été installé sur le parking du magasin Match. Ils étaient de retour cette année, à l’Hippodrome. Quelques minutes avant de monter sur scène, les deux piliers du groupe, Phil May et Dick Taylor, m’ont confié leurs projets immédiats : un album en édition limitée qui est déjà enregistré et qui sortira à la fin de l’été, ainsi qu’une nouvelle tournée en mars 2012. Et, qu’ils en soient remerciés, ils n’ont pas manqué d’adresser un salut amical au 97 rue du rock.



KILLING  JOKE

      Quel guitariste n’a pas, au début de son apprentissage, sué sang et eau pour tenter de reproduire, avec plus ou moins de bonheur, le riff d’intro de Come As You Are, troisième plage du disque culte de Nirvana, Nevermind (1991) ? Le rapport avec Killing Joke ? Ecoutez Eighties, le titre figurant sur leur album Night Time, sorti six ans plus tôt. Allez, je suis sûr que vous le reconnaissez, ce riff. C’est le même ! Disons que Killing Joke se l’est fait « emprunter » par Nirvana. Une action en justice sera même intentée contre le groupe grunge de Seattle mais, décence oblige, les poursuites seront abandonnées à la mort de Kurt Cobain. Comme quoi les rockers ne sont pas tous des brutes immondes. D’ailleurs, les relations entre les deux groupes n’en seront pas pour autant entamées puisque Dave Grohl  participera, comme batteur, à l’album Killing Joke de 2003. Cela dit, Killing Joke aurait eu mauvaise grâce à trop la ramener. En effet, on retrouve le même riff (Allez vérifier si vous ne me croyez pas !) sur Life Goes On, un titre des Damned tiré de leur album Strawberries (1982). Si l’on se base sur la chronologie, ce sont eux les vrais créateurs. Je vous reparlerai sans doute prochainement des Damned dans Heart Of Stone. Ils sont de retour. Au grand complet- ou presque -avec Dave Vanian et Captain Sensible. Mais en attendant, sachez que Killing Joke, lui aussi, tourne à nouveau dans sa formation d’origine. Il sera au Bataclan de Paris le 27 septembre (avec les Young Gods), à l’Ancienne Belgique de Bruxelles le 28 et à l’Aéronef de Lille le 30. Il nous présentera, à cette occasion, les titres de son nouvel album tant attendu, qui ne se nommera finalement pas Feast Of Fools (Le Banquet De Dupes) mais Absolute Dissent (Dissidence Absolue).
jeudi 4 octobre 2012


AEROSMITH


    L’envie vous est-elle venue un jour de faire l’amour dans un ascenseur? Il est des moyens moins risqués pour monter au septième ciel. Demandez à Steven Tyler ce qu’il en pense. Le 5 août 2009, Aerosmith se produit en plein air au rassemblement moto de Sturgis dans le Dakota du Sud. A peine le concert débute-t-il qu’une panne de son survient au beau milieu de Love In An Elevator. Steven essaie alors de distraire le public en dansant sur le bord de la scène. Et vas-y que je me trémousse ! Et vas-y que je tourne sur moi-même ! Et… badaboum ! Le sol était glissant à cause de la pluie et Steven avait oublié de s’acheter des chaussures antidérapantes. Résultat des courses : une fracture de l’épaule et des blessures à la tête et au cou. Au fait, vous vous souvenez des paroles de la chanson que Steven a failli chanter ce soir-là ? « Love in an elevator/Livin’ it up when I’m goin’ down/Love in an elevator/Lovin’ it up till I hit the ground »(L’amour dans un ascenseur, le plaisir monte alors que je descends, l’amour dans un ascenseur, j’adore ça jusqu’à ce que j’heurte le sol)!!!

J’irai revoir mon Aerosmith

    Suite à cette chute, la tournée nord-américaine avait dû être annulée, augmentant les tensions persistantes au sein du groupe. Les rumeurs de séparation allaient bon train, alimentées par les déclarations intempestives de Steven au magazine musical britannique Classic Rock. Le chanteur confiait qu’il souhaitait se concentrer sur un projet en solo. Pour ne pas être en reste, le guitariste Joe Perry avait assuré au quotidien Las Vegas Sun : « Steven est parti, pour autant que je sache. Je n’en sais pas plus que vous sur cette histoire. J’ai vu sur Internet qu’il quittait le groupe. Il ne me répond même pas au téléphone. C’est une habitude chez lui. Il n’a contacté personne. Ni moi, ni aucun membre du groupe ». Bonjour l’ambiance ! On n’avait jamais été aussi proche de la rupture. Alors que la rumeur enflait à propos du départ de Steven, les noms de remplaçants potentiels commençaient déjà à circuler : Lenny Kravitz, Paul Rodgers (après Queen, Aerosmith ?) ou encore Billy Idol, l’ancien chanteur de Generation X. Non mais ça va pas la tête ? N’importe quoi ! Aerosmith sans Steven Tyler, c’est comme un barbu sans barbe. Heureusement les dieux du rock veillaient. Le mardi 10 novembre 2009, Joe Perry donnait un concert à New York dans le cadre de la promo de son nouvel album solo Have Guitar, Will Travel. Quelle ne fut pas sa surprise de voir Steven débarquer dans les coulisses avant le rappel, bien décidé à faire taire toutes les rumeurs. Le chanteur s’est invité sur scène et a offert à ses fans médusés une version endiablée de Walk This Way, le méga tube datant de 1975. Mais avant cela, il a pris la parole et tenu à mettre les points sur les « i » : « Je veux que New York le sache, je ne quitte pas Aerosmith. Et Joe Perry, tu es un homme plein de couleurs, mais, moi, putain, je suis l’arc-en-ciel ! ».Ouf, l’irréparable a été évité. Aerosmith reprend la route avec son frontman original et il passera, alléluia, par Paris et son Palais Omnisports de Bercy, le 29 juin prochain. Attention, concert unique en France ! Peut-être la dernière occasion de les voir sur scène ! A l’heure où j’écris ces lignes, il reste encore des places mais ce sera bientôt sold out. Vous savez ce qu’il vous reste à faire ! Si vous préférez nos amis les Belges et les festivals en plein air, rendez vous 4 jours plus tôt, le 25, à Dessel (près d’Anvers) pour y applaudir, à l’occasion du quinzième anniversaire du Graspop Metal Meeting, Aerosmith, bien sûr, mais aussi Motörhead, Saxon, Sepultura, Slayer et autres métalleux.

T’as la pêche, Tallarico !

    Steven Tyler, de son vrai nom Stephen Victor Tallarico, est né à New York, le 26 mars 1948. D’origine italienne et allemande par son père, cherokee et ukrainienne par sa mère, il ne pouvait hériter que d’un tempérament fougueux. Il est renvoyé de son école, Roosevelt High School, pour comportement violent et usage de drogue. Mais la musique, dit-on, adoucit les mœurs et, sur les conseils de son père, pianiste classique, il tente d’y canaliser toute son énergie. Sauf que lui préférera jouer du rock’n’roll. Il a 16 ans quand il monte sa première formation : les Strangeurs (avec un « u »pour éviter de confondre avec un autre groupe qui s’appelait les Strangers). A l’époque, il était batteur. Très vite, les Strangeurs changent de nom et deviennent Chain Reaction. En 1966, ils enregistrent deux singles : The Sun/When I Needed You et You Should Have Been Here Yesterday/Ever Lovin’ Man. Ils peuvent même se vanter de faire les premières parties de groupes comme les Yardbirds, les Byrds ou les Beach Boys. Eté 70, Steven s’en va passer ses vacances à Sunapee, dans le New  Hampshire. C’est là qu’a lieu sa rencontre avec Joe Perry. Dans l’arrière-boutique d’un marchand de glaces ! (En Grande-Bretagne, les groupes de rock naissent dans un pub. Question de culture et de climat sans doute). Joe Perry joue alors de la guitare avec le Jam Band. Les deux groupes fusionnent pour donner Aerosmith. Steven abandonne la batterie pour le chant, Joe garde son instrument et s’adjoint un second guitariste, Ray Tabano, remplacé dès 1971 par Brad Whitford. Tom Hamilton tient la basse et Joey Kramer la batterie. Pourquoi baptisent-ils leur groupe Aerosmith, après avoir un temps envisagé de s’appeler Hookers, « Les Putes » (c’était pas mal non plus) ? Bonne question ! Il semblerait que ce soit Joey Kramer qui ait choisi le nom. Alors qu’il était encore étudiant, il avait beaucoup aimé l’album d’Harry Nilsson, Aerial Ballet (Ca ne vous dit rien ? Et pourtant, vous connaissez un des titres par cœur, Everybody’s Talkin’, qui figure sur la B.O. du film Midnight Cowboy). L’idée lui vint de chercher des noms de groupes qui commençaient par Aero, il tomba sur Aerosmith qui lui plut tellement qu’il l’écrivait absolument partout : au cutter sur sa table, au blanc sur sa trousse, au marqueur sur la couverture de ses cahiers. C’est tout naturellement que, le moment venu, il proposa ce nom aux autres membres du groupe. Ceux-ci crurent tout d’abord qu’il leur parlait du roman de Sinclair Lewis, Arrowsmith, qu’on les avait forcé à étudier en classe mais, lorsqu’il l’eut épelé, le nom fut adopté parce qu’il sonnait bien.

Les cinq affreux de Boston

   Le groupe rode son show dans un club de Sunapee, The Barn (La Grange). Il touche la somme mirifique de trente dollars par soir mais, grâce au bouche à oreille, sa popularité grandit et lui permet de s’installer carrément à Boston. Boston, Mets tes chaussettes ! Oops ! Massachusetts (Pardonnez-moi, je ne résiste pas à ce genre de jeu de mots vaseux, il faudra vous y faire !). Après deux ans passés à écumer tous les bars de Boston, vient l’heure de la consécration, Aerosmith joue au Max’s Kansas City, le célèbre club new-yorkais. Impressionné par leur prestation, Clive Davis, Président de Columbia Records, leur offre un contrat. Ils sortent un premier album éponyme en 1973. Les rock critics, peu sagaces sur ce coup-là, font semblant d’ignorer que Steven signe sept des huit titres qui le composent (il n’y a, fait exceptionnel pour un premier disque, qu’une seule reprise, celle de Rufus Thomas, Walkin’ The Dog) et ne voient en lui qu’un clone de Mick Jagger : même bouche, même déhanché. Le single Dream On atteint péniblement la cinquante-neuvième place des charts et il faudra attendre trois ans pour que cette superbe ballade soit rééditée et fasse un carton. Leur deuxième album, Get Your Wings (1974) sur la pochette duquel l’on peut voir pour la première fois le fameux « A » ailé qui devait devenir leur logo ne connaît pas un meilleur sort, malgré des titres comme Train Kept A-Rollin’, Lord Of The Thighs et Same Old Song And Dance. Le succès arrive enfin avec Toys In The Attic, Les Jouets Dans Le Grenier (1975). Le disque est certifié platine assez rapidement et restera plus d’un an dans les hit-parades. Il contient de grands classiques comme Sweet Emotion ou Walk This Way qui connaîtra une seconde jeunesse, onze ans plus tard, grâce au groupe de rap Run-DMC. Je pourrais évidemment continuer de retracer la carrière d’Aerosmith jusqu’à aujourd’hui, mais ces années-là, chers lecteurs, vous êtes censés les connaître. Je préfère finir par les anecdotes qui courent sur les cinq affreux de Boston (à noter que c’est la même formation depuis le début, un fait rare qui mérite d’être signalé) et leur penchant pour les substances illicites. Et ceci pour deux raisons. 1. On n’a plus tellement l’occasion de rigoler de nos jours. 2. Même si ces anecdotes sont trop belles pour être vraies, elles témoignent qu’on mesure la grandeur d’un groupe au mythe qui l’entoure. Un jour, défoncés, Tyler et Perry, les « Toxic Twins », arrêtent leur concert après un seul morceau. Ayant commencé d’entrée par le dernier titre de la set list, ils avaient cru que le concert était fini. Une autre fois, Tyler suggère à Perry de reprendre une chanson qu’il vient d’entendre à la radio et qu’il trouve géniale, Perry lui fait gentiment remarquer que la chanson s’appelle You See Me Cryin’, qu’elle est d’eux et qu’elle figure sur l’album Toys In The Attic qu’ils ont enregistré dix ans auparavant !!!

                                                                                                   Jumpin’ Jack D.


EXILE ON MAIN STREET


    Il en est des Stones comme des nuages de cendres du volcan Eyjafjöll : ils empêchent les cons de voler. La réédition (38 ans plus tard) de l’album Exile On Main Street ce lundi 17 mai ramènera nombre d’actuels prétendants à la célébrité là où ils méritent de rester : au ras des pâquerettes. Nostalgie ? Que nenni ! Je partage entièrement l’avis de Nick Hornby qui, à propos de son dernier roman Juliet, Naked, déclare : « Pour moi, il y a deux sortes de musiciens. D’un côté, les grands groupes comme les Beatles, les Stones, des chanteurs comme Bob Dylan, qui sont de grands artistes parce qu’ils ont toujours été fans de musique. De l’autre, ceux qui veulent être célèbres à travers la musique. » Aucun rapport, en effet, entre de vrais talents créatifs et des produits lisses, formatés, tout juste générateurs d’un vague plaisir éphémère.

Goodbye England

    1971 : tout bascule pour les Stones. Suite aux entourloupes de leur manager Allen Klein, ils se retrouvent avec une dette de 29 millions de dollars. S’ils parviennent à se débarrasser de ce personnage peu reluisant (il est décédé le 4 juillet 2009 à l’âge de 77 ans, victime de la maladie d’Alzheimer : paix à son âme !) en ne renouvelant pas leur contrat avec Decca et en créant leur propre label, ils se font quand même bien arnaquer. Klein garde les droits sur tous les morceaux enregistrés et édités durant la période 1963-1970. Sa société ABKCO (Allen B. Klein Company) en est d’ailleurs toujours propriétaire à ce jour. C’est grâce à elle qu’est sortie (novembre 2009) la magnifique réédition de l’album live Get Yer Ya-Ya’s Out ! et les Stones n’ont pas touché un picaillon pour l’occasion. C’est ballot, non ? Toujours est-il qu’en 1971, ils sont fauchés. C’est le moment que choisit l’establishment, incarné à l’époque par le Premier Ministre conservateur Edward Heath, pour les enfoncer encore un peu plus. Après avoir vainement essayé de les foutre en taule pour des histoires de drogue, il lance le fisc à leurs trousses. Le Daily Telegraph révèle que le chiffre d’affaires réalisé par le groupe depuis le début de sa carrière  se monte à 83 millions de livres. La somme mentionnée est sans doute exagérée et Jagger la juge grotesque. En tout cas une chose est sûre, c’est que la Couronne britannique n’hésite pas à taxer les Stones à 97 %. Trop, c’est trop ! Mick, Keith et les autres décident de quitter l’Angleterre et de s’installer en France. Le 5 mars 1971, leur agent publicitaire, Les Perrin, déclare qu’ils ne partent pas pour échapper au fisc (bah tiens) mais parce qu’ils aiment énormément la France. Le 30 mars : soirée d’adieu au Skindles Hotel, à Maidenhead, près de Londres. Parmi les invités on note la présence de John Lennon, Yoko Ono et Eric Clapton.

Nellcôte ou Hellcôte ?

    Comme le dit Aznavour (Emmenez-moi), « il me semble que la misère serait moins pénible au soleil ». Forts de ce conseil, les Stones mettent le cap sur le sud de la France. Leur misère est, il faut bien le dire, toute relative. Ils n’arrivent pas au Port Pierre Canto de Cannes « sur un rafiot craquant de la coque au pont » mais sur un yacht. Mick prend une maison à Mougins, fief de Pablo Picasso. Bill Wyman s’installe à La Bastide Saint-Antoine à Grasse. Par la suite, il dénichera une villa à Vence où il vit toujours, c’est elle qui figure sur la pochette de son album éponyme Bill Wyman (1981), j’en connais l’adresse précise pour m’y être rendu mais je me garderai bien de vous la communiquer. Mick Taylor habite également Grasse. Charlie Watts, en bon père tranquille, s’est retiré dans une petite ferme des Cévennes. Quant à Keith Richards, dernier arrivé, il loue une somptueuse villa à Villefranche-sur-Mer : la villa Nellcôte. Au départ, les Stones pensaient pouvoir trouver un studio à Cannes, Nice ou Marseille mais, leurs recherches n’ayant pas abouti, ils décident finalement d’installer leur matériel dans le sous-sol de la villa de Keith. C’est là qu’ils enregistrent leur nouvel opus qui aurait très bien pu s’appeler Exile At Nellcôte si le mixage final n’avait eu lieu dans les studios de Main Street à Los Angeles. Jamais les circonstances entourant la confection d’un album n’en ont autant déterminé le contenu. De juillet à novembre 1971 Nellcôte se métamorphose en Hellcôte. Une saison en enfer, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Robert Greenfield : A Season In Hell. Les Stones apprennent à danser avec le Diable (Dancing With Mr D. ne sortira que sur l’album suivant : Goat’s Head Soup). Si une bannière avait été accrochée au portail de Nellcôte, c’eût été : Sex& Drugs & Rock’N’Roll. Les bouteilles, les joints mais aussi les filles passaient de main en main. On raconte même que Jagger aurait profité de ce que Richards s’assoupisse après une prise d’héroïne pour coucher avec sa compagne d’alors Anita Pallenberg, réitérant ainsi leur brève aventure pendant le tournage de Performance, une année auparavant. A Nellcôte c’est opération portes ouvertes tous les jours, un défilé permanent d’amis musiciens (le saxophoniste Bobby Keys, le pianiste Ian Stewart, le producteur Jimmy Miller, Gram Parsons qui a peut-être participé à l’enregistrement d’ Exile On Main Street mais qui a surtout passé son temps à se droguer avec son pote Keith), de techniciens, photographes (Dominique Tarlé), célébrités locales, fans, parasites, dealers, squatters en tous genres. On entre et on sort comme dans un moulin, à tel point qu’un jour de septembre, en plein jour, des cambrioleurs ressortent tranquillement de la villa en emportant neuf guitares appartenant à Richards, le saxophone de Bobby Keys et la basse de Bill Wyman pendant que ses occupants regardent la télévision dans la salle de séjour. « Nous avons récupéré la plupart des guitares. La justice l’a emporté. N’en disons pas plus. » dira Keith Richards, laissant courir la rumeur que les auteurs du vol, des dealers venus de Marseille pour récupérer l’argent qu’il leur devait, auraient fini au fond de la baie de Villefranche, les pieds enserrés dans un bloc de ciment. Keith conserve de très bons souvenirs de son séjour à Nellcôte : « Il y avait un cuistot, Big Jacques, qui a fait sauter la cuisine. Une énorme explosion ! ». Il se rappelle aussi qu’ils s’amusaient à piquer le courant à la SNCF quand les plombs sautaient ou que le générateur flanchait.

    Si vous passez par Villefranche-sur-Mer et que l’envie vous prend de voir en vrai la villa Nellcôte sans laquelle Exile On Main Street n’aurait jamais existé, évitez-vous de longs errements, prenez la direction de Saint-Jean-Cap-Ferrat et demandez la Résidence Pierre (Stone, en anglais) & Vacances. C’est juste à côté. Vous croyez au déterminisme ? La Résidence s’appelle L’Ange Gardien. Il n’en fallait pas moins pour veiller sur Keith et sa bande. « On se droguait. Cela dit, pas question de m’imiter. Tout le monde n’a pas ma constitution ! La réalité, c’est que nous avons pris un grand risque en réalisant Exile dans ces conditions. Mais ça a marché. L’album le prouve. Les Stones sont capables de casser la baraque lorsqu’ils prennent des risques » (Keith Richards).

                                                                                                      Jumpin’ Jack D.


WILKO  JOHNSON




     « C’est un Chuck Berry anglais ». Déclaration de Paul Weller dans le magazine musical de The Observer, daté du dimanche 9 novembre. Paul Weller, ex-Jam, ex-Style Council, qui n’hésite pas à classer Down By The Jetty du bon vieux Dr Feelgood (1975) parmi les cinq albums qui ont jalonné sa vie et sa carrière. Un homme de goût !

Bouche à bouche
         Wilko est né le 12 juillet 1947 à Canvey Island (Essex) dans l’estuaire de la Tamise. Son vrai nom est John Wilkinson. C’est pas bon, ça, coco ! Tu découpes, tu mélanges et t’obtiens… Wilko Johnson. Tu veux réussir ou quoi ? Vers la fin des années 60, il est étudiant en littérature à Newcastle mais il retourne régulièrement à « s’ baraque » pour y jouer dans des groupes locaux comme The Roamers ou The Heap. Ayant décroché un diplôme, il part en Inde, chose courante pour un jeune de l’époque. On a du mal, aujourd’hui, à l’imaginer avec des fleurs dans les cheveux (où les accrocherait-il ?) mais bon. C’est à son retour que notre hippie fait la rencontre de Lee Brilleaux. Alors qu’il se promène, il remarque un gars portant un disque de Little Walter. La discussion s’engage et le courant passe. Dr Feelgood est né… comme naissent les plus grands groupes de rock’ n’ roll. Souvenez- vous de Mick Jagger et Keith Richards se croisant sur le quai de la gare de Richmond le 17 octobre 1961. « J’avais sous le bras, entre autres disques rares, le One Dozen Berrys de Chuck Berry, et Keith m’a dit : Bon sang, voilà des disques intéressants ! » (Jagger). Au fait, avez-vous noté une autre ressemblance entre les deux groupes ? Faites rentrer sa langue à la fameuse bouche des Stones, exhibez à la place de jolies dents saines et blanches, figées en un sourire étincelant à la Fernandel, rehaussez le tout d’une paire de lunettes noires : vous venez de créer le logo de Dr Feelgood.

Le docteur devient malade
         De 72 à 77, Wilko pratique la médecine du Docteur Feelgood, en compagnie de ses aides-soignants : Lee Brilleaux (qui nous a quittés il y a bientôt 5 ans), John B. Sparks et Johnny Martin (alias The Big Figure, ami d’enfance et ex-Roamers). Il signe la quasi-totalité des prescriptions contenues dans les deux albums de légende : Down By The Jetty et Malpractice. Mécontent de l’inclusion contre son gré de la chanson de Lew Lewis Lucky Seven sur Sneakin’ Suspicion en mars 77, il quitte le cabinet de consultation. D’une susceptibilité à fleur de peau, il a du mal à supporter que le morceau, composé par un musicien extérieur au groupe, figure sur l’album. Marre de jouer au docteur. Après la courte aventure des Solid Senders avec John Potter aux claviers, Steve Lewins à la basse et Alan Platt à la batterie, il passe dans le camp des malades. En 79, en effet, il rejoint The Blockheads (Les Débiles) de Ian Dury, avec qui il restera jusqu’en 1980. Depuis, il mène une carrière solo et, quand il n’est pas au Japon, où il jouit d’une popularité énorme, il écume tous les pubs et autres lieux propices à son déferlement de folie.

Ah bon, Wilko, il tourne toujours ? Ben, merde alors !!!
         Non seulement il tourne toujours mais il sera chez nous le 3 décembre, à la Boîte à Musiques de Wattrelos. Figurez-vous que deux jours plus tard, il passera au Halfmoon de Londres, la salle mythique qui, depuis le début des années 60, a vu défiler les plus grosses pointures du rock ( les Stones y étaient encore en mai 2000 pour un concert privé). L’album live de Wilko, malheureusement très difficile à trouver, Don’t Let Your Daddy Know (1991) y fut enregistré. J’espère que vous vous rendez compte de l’immense privilège qui vous est accordé : vous faire mitrailler avant tout le monde par la Fender Telecaster noire de Wilko. N’ayez pas peur de vous mettre en première ligne. Participez au carnage organisé par notre mafioso à tête de Frankenstein et ses deux acolytes : le bassiste Norman Watt-Roy, ex-Blockhead et le batteur Steve Monti, ex-Curve, ex-Jesus and Mary Chain. Ca va saigner !

                                                                    Jumpin’ Jack Devemy   


THE  WEDDING  PRESENT


         Quand on l’avait reçu à la fin des années 80, on l’avait adoré, ce cadeau de mariage. Puis, avec le temps, on l’avait délaissé. Il faut bien dire qu’il avait peu fait pour nous reconquérir. Alors, on avait fini par le remettre précieusement dans son papier d’emballage. Vingt ans plus tard, nos doigts fébriles le redécouvrent intact.

         Les Wedding Present viennent de sortir, chez Talitres, un double CD : Live 1987. Ces deux disques, le premier enregistré le 5 mai à Leicester, le second le 22 novembre à Munich, originellement édités en cassettes vendues après leurs concerts ou par l’intermédiaire de leur fanzine, n’avaient jusqu’à présent jamais été réédités. A noter que le texte du livret a été rédigé par Shaun Charman, le premier batteur. Une bonne nouvelle en amenant une autre, David Gedge et sa bande entament une grande tournée européenne à l’occasion du 20ème anniversaire de la sortie de leur premier album : George Best, album qui sera joué dans son intégralité lors de chaque concert. Et sachez, bande de petits veinards, que cette tournée passera par la Rotonde du Botanique, à Bruxelles, le 17 novembre. Ne ratez pas ce rendez-vous avec l’Histoire.

The Wedding Present … et passé

         Comme beaucoup de parents soucieux de l’avenir de leur progéniture, les parents de David Lewis Gedge, originaires de Leeds, auraient bien aimé que leur fils entreprenne des études « sérieuses ». Malheureusement pour eux (heureusement pour nous !), David n’a qu’une idée en tête : former un groupe de rock, et c’est en cachette qu’il achète sa première guitare à l’âge de 15 ans. Malgré tout, pour leur faire plaisir et avoir la paix, il décroche une licence de maths avant de se consacrer entièrement à al musique. Son premier groupe, les Lost Pandas, éclate en 84 lorsque sa petite amie, Janet Rigby, qui officie à la batterie, lui préfère le guitariste Michael Duane. Janet et Michael se barrent à New York. David ravale son chagrin et décide de poursuivre l’aventure avec le bassiste Keith Gregory. Il remplace les deux amants fugueurs par le batteur Shaun Charman et le guitariste d’origine ukrainienne, Peter Solowka et, faisant preuve d’un humour typiquement britannique, il rebaptise le groupe The Wedding Present (« Le Cadeau de Mariage »). L’histoire commence en 85 avec le premier single Go Out And Get ’Em Boy ! produit par leur propre label Reception Records et pressé à 500 exemplaires. La presse spécialisée lui réserve un accueil enthousiaste, notamment le New Musical Express qui qualifie The Wedding Present de « groupe le plus rapide du monde ». Mais c’est surtout le soutien du légendaire animateur de la BBC1, John Peel, qui leur vaut de se forger rapidement une belle notoriété. John Peel qui disait de David : « Ce garçon a écrit quelques-unes des plus belles chansons d’amour de l’ère du rock’n’roll. Vous pouvez ne pas être d’accord, mais j’ai raison et vous avez tort ! » . Les deux hommes se vouaient d’ailleurs une admiration réciproque. David déclare dans une interview (novembre 2004) : « C’était un homme très gentil, trop jeune pour mourir (il nous a quittés le 25 octobre 2004 à l’âge de 65 ans), le monde de la musique va être différent sans lui. Beaucoup de groupes ont été découverts par John Peel, probablement 75% des groupes actuels ont été lancés par lui. C’est lui qui passait pour la première fois leur disque. » Toujours est-il que le premier album des Wedding Present, George Best, publié fin 87, connaît un succès immédiat et se vend à plus de 70 000 exemplaires. Pour ceux qui ignoreraient qui était George Best, c’était un footballeur de l’équipe de Manchester dans les années 70, connu pour son immense talent comme pour sa vie de débauche. « J’ai claqué beaucoup d’argent dans l’alcool, les filles et les voitures de sport – le reste, je l’ai gaspillé. » « J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage, il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer. » (George Best). Mais revenons à nos Wedding Present. En 89, ils signent un contrat avec RCA, tout en s’attachant à préserver leur indépendance : ce sont eux qui choisissent leur producteur et décident de la sortie des singles. Ils publient Ukrainski Vistupi V Johna Peela, un mini-album où ils interprètent des morceaux du folklore ukrainien, accompagnés d’un joueur de balalaïka et de mandoline.Ils enchaînent avec Bizarro, deuxième véritable album. Seamonsters (91) constitue une sorte d’aboutissement pour le groupe : « mur de son » à la Phil Spector, guitares noisy portées par une basse métallique et une batterie rageuse, tout en rythmes décalés, montées orgasmiques et, cerise sur le gâteau, la voix nasillarde de David qui n’est pas sans rappeler celle d’Ian Curtis de Joy Division. L’album est produit par Steve Albini que l’on retrouve avec Nirvana. Une petite anecdote : à Reading en 94, Courtney Love surgit en backstage et se précipite sur David pour lui donner des baffes. « Steve Albini ! Vous êtes un ami de Steve Albini ? ».

David Gedge nous fait son Cinerama

         En 92 , les Wedding Present sont au sommet de leur carrière. Ils forment alors un projet unique en son genre : au lieu de se lancer dans un nouvel album, ils décident de changer de format et de sortir, chaque mois de l’année 92, un single avec une chanson originale en face A et une reprise en face B. Ils doivent forcer la main à RCA qui doute qu’un groupe soit capable de produire 12 singles de qualité dans une même année. Et pourtant les Wedding Present réalisent l’exploit. Tirés à 10 000 exemplaires, ces singles se vendent tous comme des petits pains, ce qui permet au groupe d’établir un record incroyable : avoir 12 chansons classées dans le top 30 UK  en 1 an (à égalité avec Elvis Presley). A travers les reprises éditées au fil des mois, ils accomplissent cette autre prouesse : bâtir le plus beau kaléidoscope du rock anglo-américain qu’on puisse imaginer. Pleasant Valley Sunday des Monkees, Don’t Cry No Tears de Neil Young, Shaft d’Isaac Hayes, Chant Of The Ever Circling Skeletal Family de David Bowie, Cattle and Cane des Go-Betweens ... Le tout sera compilé sur les Hit Parade 1 & 2. 93 voit le départ de Keith Gregory – le dernier des membres de la formation d’origine, à part Gedge – remplacé par Darren Belk. Ayant signé sur le label Island, le groupe sort un nouvel album en 94 : Watusi. Mais les ventes sont décevantes et, en 97, David dissout The Wedding Present pour fonder Cinerama avec sa compagne de l’époque Sally Murrell. L’aventure, tant sentimentale qu’artistique, se révèle n’être qu’un feu de paille. En 2005, Take Fountain, enregistré sous la houlette de Steve Fisk, pionnier de la scène rock avant-gardiste de Seattle, marque le grand retour de ceux que leurs fans appellent familièrement les « Weddoes ». A très bientôt, les Weddoes !

                                                                                 Jumpin’ Jack Devemy