mardi 24 juillet 2012
_JONATHAN
RICHMAN_
« Ce
garçon fondu du Velvet Underground, au point de quitter son bled avec sa
guitare et son ampli pour rencontrer Lou Reed à New York, et puis, tout d’un
coup :guitare sèche, ambiance de grand dadais scout mais avec une vraie
sensibilité, une touche qu’on ne trouve pas ailleurs. C’est un regard naïf et
rigolard sur le monde, joueur et fragile, pas bien préoccupé par ce qui se fait
ou ne se fait pas, juste un regard très beau, très pur. » Tous les fans
inconditionnels auront bien sûr reconnu Jojo dans ce portrait tracé par
Louis-Stéphane Ulysse, extrait du blog que l’écrivain dédie à son roman La Fondation Popa.
Je n’attends rien
de Jonathan
Jonathan
Richman est né le 16 mai 1951 à Natick,
près de Boston, dans le Massachusetts. Son enfance solitaire, il la passe à
écouter des disques plutôt qu’à étudier. L’un des premiers acheteurs de l’album
à la banane, il tombe amoureux du Velvet et décide, à seize ans, de partir
vivre à New York pour y approcher ses idoles. Il parvient rapidement à les
côtoyer, assiste à tous leurs concerts. L’espace d’un soir, il assure même leur
première partie. Mais, le reste du temps, parce qu’il faut bien subsister, il
chante seul dans les rues en s’accompagnant à la guitare. « J’étais
seul, très seul », racontera-t-il, « mais j’avais du cran. » Il
effectue un tas de petits boulots, travaille comme coursier pour le magazine
Esquire. Les deux premières semaines, il est hébergé par le manager du Velvet,
Steve Sesnick, qui lui prête gentiment son canapé. Il doit ensuite se réfugier
dans un hôtel miteux, infesté de rats, l’Hôtel Albert. Trop, c’est trop !
En 1970, il retourne dans son faubourg de Boston, mais avec la ferme intention
de fonder un groupe de rock sur le modèle du Velvet. Il met son projet à
exécution avec l’aide de son voisin et ami d’enfance John Felice, futur
guitariste des Real Kids. Tous deux ont tôt fait de recruter David Robinson,
futur Cars (Bah tiens, on va se gêner !), à la batterie et Rolfe Anderson
à la basse. Six mois plus tard, ce dernier est remplacé par Ernie Brooks, futur
bassiste d’Elliott Murphy (Tant qu’à faire !), alors que Jerry Harrison,
futur Talking Heads, fait son apparition aux claviers. Ce line-up de légende
restera inchangé jusqu’à la dissolution du groupe à l’automne 1973. Ne restait
plus qu’à trouver un producteur à la hauteur en la personne de John Cale. C’est
lui qui produit leur premier et unique album au titre éponyme, The Modern Lovers. Le disque est
enregistré en 1973, mais il mettra trois ans à sortir, orné d’un cœur stylisé
au contour bleu sur fond noir. Deux couleurs qui siéent parfaitement à la
sombre beauté du spleen velvetien, mais ce qui fait l’originalité de cet album
culte, c’est ce mélange de fraîcheur, de foi, de sincérité, voire de naïveté,
qui est la marque de fabrique du chanteur. On notera par exemple l’hilarant Pablo Picasso dans lequel Richman
compare son manque de réussite avec les femmes aux exploits du peintre dans ce
domaine. « Il y a des gens qui essaient de draguer les filles et se font
traiter de trous du c.. / Ca n’est jamais arrivé à Pablo Picasso, contrairement
à toi ! » Dans I’m Straight
(Je Suis Normal) il explique qu’il n’est ni drogué, ni alcoolique, ni homo et
qu’il préfère l’amour romantique à la liberté sexuelle. Dans Hospital il raconte qu’il fréquente les
pâtisseries toute la journée pour combler le manque de douceur dans sa vie.
Quant à Old World, il y clame son
amour du Vieux Monde, de ses parents
et de la tradition. Le problème (mais est-ce un problème ?) avec Jonathan
Richman, c’est que, malgré ses efforts désespérés pour briser sa solitude, il
est totalement incapable de se fondre et se confondre avec les autres.
Irrémédiablement seul, il nage à contre-courant. Ils sont tous chevelus sur la
pochette, sauf lui. En pleine période hippie, il rejette l’allure et les idées
en vogue. A posteriori, certains rock critics, en mal d’étiquette, le
qualifieront alors de « proto-punk ».Même si les Sex Pistols ont
repris Roadrunner (les Pixies ont
bien repris Leonard Cohen), un jeune homme clean comme Jonathan n’a pas l’âme
punk. A la sortie de l’album, en 1976, le groupe n’existe plus depuis longtemps
et même le Velvet ne trouve plus grâce à ses yeux. Il ne veut plus entendre
parler de ses anciennes chansons ni du son du Velvet.
Parce que sa
beauté est brute et sauvage
Tout bascule
à la suite d’une série de concerts en solo donnés à son initiative dans des
hôpitaux psychiatriques. Il en sort bouleversé. « J’ai joué pour ces
enfants retardés -âgés de huit à soixante ans- et j’ai réalisé qu’ils me
comprenaient bien mieux que les gens soi-disant normaux (…). J’ai compris alors
que je voulais m’éloigner de la direction que prenait notre musique. » Au
revoir Lou Reed et ses lunettes noires. Comme dirait un autre Jojo :
« Pour moi du gris j’n’en veux plus dans ma vie, oh, oh. » Jonathan
n’est pas du genre à marcher du côté sauvage des choses. Il aime les choses
simples :les insectes (Hey There
Little Insect), l’abominable homme des neiges en visite au supermarché (Abominable Snowman In The Market), les
Martiens (Here Come The Martian Martians),
les dinosaures (I’m A Little Dinosaur),
ou encore le marchand de glaces (Ice
Cream Man). Sa nouvelle obsession : faire le moins de bruit possible,
c’est pourquoi il se met au rock acoustique. Et depuis plus de trente ans,
Jonathan Richman continue son petit bonhomme de chemin en baladin solitaire. Je
vous aurais bien narré, par le menu, l’aventure musicale de cet artiste
foncièrement atypique si je ne voyais déjà poindre les branches de ciseaux de
mon impitoyable rédacteur en chef. Sachez seulement qu’il sera bientôt chez
nous, flanqué de son batteur Tommy Larkins, qui joue avec lui depuis 1995, et
qu’il nous fera découvrir son nouvel album Because
Her Beauty Is Raw And Wild, paru en
avril 2008.
Jumpin’ Jack Devemy
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