mardi 24 juillet 2012

         Le 8 juillet dernier, au Festival des Terres Neuvas, les mordus du rock assistaient à la reformation de Trust. Depuis 10 ans, tout le monde attendait cela. Ils sont venus au grand complet, avec Bernie Bonvoisin et Norbert Krief à la barre, pour un concert exceptionnel et le groupe en a profité pour enregistrer un DVD live.
      Mercredi 27 septembre, 13h, Théâtre du Splendid : conférence de presse. Sanglés dans leur blouson de cuir, Bernie et Nono sont prêts à répondre à nos questions.

Qu’est-ce qui a motivé votre retour ?
Bernie : L’opportunité de jouer dans un festival devant beaucoup de monde avec une belle affiche, en l’occurrence Jean-Louis Aubert, Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis, fêter nos 50 ans …
On a parlé d’une assez grosse somme d’argent pour vous faire venir dans ce festival ?
On n’a pas été demandeur, on nous a fait une proposition. On s’est dit : tiens, pourquoi pas, l’occasion est super, on va prendre du plaisir, allez, on recommence !
Est-ce que l’idée d’enregistrer un DVD vous avait traversé l’esprit avant qu’on vous fasse cette proposition ?
Ce qui était intéressant, c’était de faire un « one-shot ». On a répété 10 jours et on s’est retrouvé à jouer devant 45 000 personnes.
Nono : Ca aurait été dommage de ne pas le faire pour ceux qui n’ont pas pu venir au concert. Il fallait bien que tout le monde en profite.
Plusieurs fois, le groupe s’est arrêté, reformé …
Bernie : C’est comme dans la vie, il y a des couples qui se séparent, qui se remettent ensemble. Il y a des crises, des hauts et des bas … et des envies évidemment !
Nono :  On a coupé avec notre passé, ce qui nous intéresse c’est le présent et demain.
Pour revenir quand même à votre passé, quand vous avez formé ce groupe, quelle était votre intention ?
Bernie : En 77 ? On voulait jouer, on a eu de la chance, on a beaucoup travaillé, on n’a rien fait de spécifique pour que ça marche. On a été les premiers surpris de vendre ce qu’on a vendu. On s’est contenté de faire ce qu’on savait faire au moment où on l’a fait.
Vous avez chanté quand Giscard était président, vous vous reformez quand c’est Chirac. Ce sont les hommes de droite qui vous inspirent ?
 (Rires) Non, c’est pas en fonction des gens, c’est en fonction de l’époque. L’époque, elle génère ce qu’elle génère.
Et là maintenant, elle génère quoi ?
On a composé 3 nouveaux titres : Sarkoland, La Mort Rôde et Chaude Est La Foule, Chauds Sont Les Leurres.
Et musicalement, c’est du pur Trust ou un Trust, on va dire, plus moderne ?
Nono : Sur scène on aura un DJ. Pourquoi pas ? Sur les premiers albums il y avait bien du piano, du saxophone.
Bernie : C’est un mariage intéressant, ça fonctionne, nous, on trouve que ça fonctionne.
Est-ce que dans vos prochains concerts vous comptez vous adresser au même public qu’à vos débuts, à savoir un public jeune, défavorisé et peut-être aussi désillusionné ?
Non, on s’adressera aux gens qui seront là, on ne va pas faire de discrimination positive envers le public. Quand on a joué à Bobital, on a rencontré des gens qui avaient notre âge, ils étaient avec leurs enfants. Ca brasse 2 ou 3 générations.
Les messages véhiculés par des chansons comme Police Milice, Palace, Bosser 8 Heures sont-ils toujours d’actualité ?
Je ne sais pas. On a vu que, sur les manifestations contre le CPE, Antisocial était joué partout. Les chansons traversent le temps. Il y a des choses qui perdurent, c’est un triste constat dans l’ensemble.
Est-ce que Bernie, aujourd’hui, est toujours aussi énervé contre les maux de la société qu’il y a 25 ans ?
Non, pas énervé, en colère. Faut être en colère !
Fin 89, vous avez sorti un album de reprises, et notamment Paint It Black. Bon, je vous préviens, je suis un fan des Stones. Les considérez-vous comme un exemple à suivre ?
Dans le rock’n’roll en général, les Stones, c’est plus qu’un exemple de longévité, c’est une référence planétaire. On reprenait les Stones sur scène. Il y a des sets qu’on ouvrait avec Jumpin’ Jack Flash !
Vous allez repartit pour une série de dates. Nono, tu t’attends à quoi sur scène ?
Nono : On s’attend à prendre du plaisir et à en donner et à en recevoir. Voilà, tout simplement, partager.
La grande question que tout le monde se pose c’est, après cette tournée, est-ce que Trust a encore un avenir ? Bernie parlait d’un « one-shot » tout à l’heure.
Bernie a pas mal d’occupations, moi aussi. Il n’y a rien de défini, on verra bien.
Une question pour Bernie. Fin des années 90, tu t’étais quand même pas mal impliqué dans la réalisation de films ( Les Démons De Jésus en 97 et Les Grandes Bouches en 99). Tu mets cette activité entre parenthèses ou …
Non, non, du tout. Je fais un autre film au mois de janvier. Ca s’appelle Yemma, la France d’en-bas .
Yemma ?
C’est Maman en arabe. C’est une chronique sociale. Je continue de faire ce que j’aime. Le fait de jouer et de faire de la musique, c’est vraiment quelque chose de très lié à l’inspiration.
Et où as-tu pris le plus de plaisir ? Sur scène ou sur un plateau ?
Ca n’a rien à voir. J’adore communiquer sur scène et j’adore la plénitude que j’ai sur un plateau. Ca ne me dérange pas de ne pas être dans la lumière.
Tu peux expliquer le slogan de l’affiche : « Campagne 2006. Soulagez-vous dans les urnes ! » ?
Je pense que c’est essentiel que les gens aillent voter aux prochaines élections.
Plutôt vers la gauche ?
Oui, mais faut pas se faire d’illusions.
Pas pour quelqu’un ?
Non, on vote pour quelque chose et de la même manière on ne vote pas contre un bonhomme mais contre une idée. L’idée que les CRS chargent les lycéens, que la police aille chercher les mômes à la maternelle, qu’on veuille kärcheriser les lieux, tout ça. La France, on l’aime ou on la quitte. Ces gens-là, on est allé les chercher, ils n’ont pas demandé à venir. On a un problème de mémoire dans ce pays. On a passé des années et des années à aller chez les autres en colonisateurs, à les spolier, à piller tout ce qu’avaient ces gens. On est parti, on les a laissés juste avec leurs yeux pour pleurer et aujourd’hui on se plaint que ces gens-là veuillent venit ici. Il y a un moment où on va payer toutes ces choses-là. C’est normal, c’est logique. Ces gens sont en droit de venir rechercher ce qu’on leur a volé. C’est normal qu’à un moment on récolte ce qu’on a semé. C’est pas par du pur répressif que les choses vont s’arranger. C’est à la cause du mal qu’il faut s’attaquer, c’est pas au mal. S’attaquer au mal, ça ne sert à rien. Que des types tiennent des propos comme ça dans les pays d’Amérique du Sud, à la limite c’est choquant, mais je vais dire, on est rodé parce que là-bas c’est presque constitutionnel mais ici c’est insoutenable même s’il y a  60 % des gens qui pensent qu’il (Sarkosy ?) a raison.
Est-ce qu’il n’y a pas eu de votre part une petite évolution politique parce qu’au début vous étiez quand même considérés comme un groupe anarchiste. Normalement un anarchiste, ça ne vote pas.
La gauche disait qu’on portait le drapeau noir et la droite qu’on portait le drapeau rouge. C’est encore des histoires de papiers. On n’a jamais joué pour un parti quel qu’il soit. On a fait des concerts de soutien aux étudiants, aux ouvriers en grève. On a joué dans les prisons.
Vous appelez clairement à voter ?
Il faut que les gens se bougent, il faut une démarche citoyenne, surtout chez les adolescents. C’est un moyen de sanctionner. C’est pas en brûlant la voiture du voisin que les choses vont changer.
Votre vision de l’Europe s’est-elle modifiée par rapport à la sortie de l’album Europe et Haines ?
L’Europe, elle est morte à Sarajevo, non ? L’Europe, c’est une belle chose mais sur le papier. Elle est incapable de régler l’épuration ethnique et l’exode massif en Bosnie. On parle de l’Europe, franchement, ça ne veut pas dire grand-chose.
Comment expliquez-vous le succès fulgurant du début de carrière ? Je me souviens d’un concert intimiste. Je crois qu’on était 20 personnes, pas plus.
Nono : A Roubaix.
Salle Watremez, Roubaix. Et vous avez assuré le concert d’un bout à l’autre avec tous les effets visuels et sonores (sirènes de police etc…) . J’avais beaucoup apprécié ça : que devant 20 personnes – et encore il y avait des gens qui n’avaient pas payé – vous mettiez un tel cœur à donner votre show.
Merci.
Et un mois plus tard, même pas, vous remplissiez la Foire de Lille.
C’est vrai. Je pense qu’on a toujours été sincère et, quand on arrive sur scène, on est là pour prendre du plaisir et 20 personnes ou du monde, c’est pareil. On est sur scène, faut se donner. On est là pour ça, pour faire de la musique et s’éclater.
En ce qui concerne les musiciens qui vous accompagnent, vous avez fait appel, je crois, à des amis de longue date ?
Ouais, il y a Yves Brusco (Vivi) qui est avec nous depuis 1980, Farid Medjane à la batterie qui, lui aussi, a fait un bout de chemin avec nous dans les années 80 et un nouveau : Iso, le black qui est jeune et qui nous donne ce côté un peu « rassurant » entre guillemets !

Keep on rockin’ !

   
                                                    Jumpin’ Jack Devemy



En concert au Zénith de Lille le 13 décembre.
La sortie du DVD et de l’album live de Trust à Bobital, incluant 3 titres inédits et de nombreux bonus (des concerts de 89), est prévue le 20 novembre !