lundi 23 juillet 2012

                                        JEAN-LOUIS  AUBERT





         Cela va faire 20 ans déjà que les fans de Téléphone pleurent sur sa tombe. Jean-Louis Aubert, lui, a depuis longtemps tourné la page. Après 5 albums, branché au Téléphone, entre 1977 et 1986 et 5 autres, en solo, entre 1987 et 2002, coucou, le revoilà ! En bon Papa Noêl, il nous a offert son Idéal Standard tant attendu. Depuis, vous en connaissez les 13 titres par cœur et n’attendez qu’une chose, c’est de voir P’tit Lou sur scène. Ca tombe bien : il sera au Zénith de Lille le 11 mai.


Chapeau, le Château !

         Avant la parution de l’album, il a été obligé de vendre son studio personnel, La Loupe, qui a d’ailleurs donné le nom à son label. Trop coûteux, aussi chouette soit-il, quand on met 3 ans entre 2 albums. Lâchant son studio de Boulogne, il est allé au Château d’Hérouville, poussé par la nécessité de s’isoler et de se retrouver, « get oneself together » comme disent les Anglais. Hérouville ? Gentilhommière du XVIIIème  siècle, près de Pontoise, achetée et restaurée en 1962 par Michel Magne, compositeur et arrangeur (la musique des films Fantômas et Les Tontons Flingueurs, c’est lui !). Il a l’idée géniale de concevoir le premier studio résidentiel au monde : les artistes peuvent manger et dormir au Château ! Les années 70 y verront défiler Canned Heat, Memphis Slim, Buddy Guy, Elton John, David Bowie, Iggy Pop, Pink Floyd, Rod Stewart, Cat Stevens, Nougaro… En 1971, le Grateful Dead donne un concert privé dans le parc devant 1000 personnes. En 1976, les Bee Gees y enregistrent 6 plages de l’album Saturday Night Fever. Cette bâtisse à l’abandon était l’endroit Idéal. Dans le grenier désert qui, jadis, a fait office de studio d’enregistrement, Jean-Louis découvre, médusé, un piano Steinway datant de 1901, une relique ! Ce piano avait servi à Elton John pour son album Honky Tonk Château. Quand le studio avait fermé, après avoir tout emporté, les huissiers avaient laissé le piano. Trop gros. Trop difficile à sortir. Elton John, l’artiste, avait été plus tenace : comme il était impossible de le faire monter par l’escalier de pierre, il l’avait fait treuiller de l’extérieur. Jean-Louis a passé environ 5 mois là-bas, au milieu des fantômes, à composer jour et nuit sur cet instrument, même pendant l’hiver, et sans chauffage ! Sur le Steinway abandonné, mais aussi sur sa première guitare, une gratte de marque inconnue qu’un pote lui avait achetée en Californie pour quelques dollars. « Cette guitare a une vie propre. Elle a fait tous les pays. Elle a dormi à la belle étoile avec moi. Elle me raconte tellement de choses » confie-t-il. « C’est elle qui m’a donné mes plus belles chansons. »

Assagi, Jean-Louis ?

         Revenir aux sources ! Voilà ce que cherchait Jean-Louis en s’installant à Hérouville. Et c’est pour ça qu’il a appelé son album  Idéal Standard. Il faut rester fidèle à ses rêves d’adolescent. Mais est-il possible qu’un idéal soit standardisé ? Quand on lui demande d’expliquer ce paradoxe, il répond par une pirouette. Idéal Standard, c’est une marque
de W-C. C’est comme ça qu’il a eu l’idée du titre. « Ca fait 10 ans que je me demande ce que je cherche entre ces deux mots en regardant la cuvette ! » Puis, redevant sérieux, il dénonce le formatage, tous ces pseudo-critères de beauté, de réussite et de bonheur qu’on nous impose. Il ne supporte pas le monde marchand, les images publicitaires, la perfection que l’on nous vend , la société de consommation en général. Mais il ne hurle plus sa colère comme avant. Parce qu’il a vieilli tout simplement, il a passé le cap de la cinquantaine. Et si quelqu’un a le droit de figurer dans cette chronique, c’est bien lui. Il peut proclamer haut et fort : Time Is On My Side. Le temps joue en ma faveur ! Livrez-vous à une petite étude comparative. Sur la pochette de Plâtre Et Ciment ! , il crie et on le sent prêt à tout casser. Sur celle d’Idéal Standard, il affiche un sourire serein. Il est vrai qu’il vit une belle histoire d’amour puisqu’il est avec la même compagne depuis 23 ans, ils ont des enfants et des petits-enfants (qui font les chœurs sur le bien nommé On Vit D’Amour). Il a connu aussi, comme tout un chacun, les durs coups de la vie qui l’ont conduit à cette maturité d’aujourd’hui. Vous vous souvenez certainement, si vous êtes un fidèle lecteur de cette chronique (Bertignac-Presto ! de novembre 2005), qu’on se faisait beaucoup de soucis pour Olivier Caudron, alias Olive, le chanteur de Lili Drop, groupe mythique des années 80 dont la bassiste n’était autre que Enzo Enzo et dont le tube Sur Ma Mob reste dans vos mémoires. Il était alors hospitalisé. Il nous a malheureusement quitté entre-temps, le mardi 17 janvier 2006. Olive, le casse-cou, le gamin fou, le copain scout, le compagnon d’aventures qui, adolescent, partagera avec Jean-Louis toutes les découvertes : deux mois ensemble aux USA, la drogue, le rock’n’roll. Olive, « l’alter ego » : « nous étions les deux faces d’une même pièce ». L’album lui est dédié. Retour à une simplicité, une naïveté enfantine, une fraternité d’espérance. Jean-Louis est assez solide maintenant pour jeter un regard apaisé sur son passé. Assagi, Jean-Louis ? Ce serait ne rien comprendre. Venez tous au concert du 11 mai. Après, entre autres classiques de Téléphone, La Bombe Humaine, New York Avec Toi, Un Autre Monde, après deux reprises des Rolling Stones : Paint It Black et Jumpin’Jack Flash  (si !si !), on en reparlera. Je serai au premier rang.     



                                                         Jumpin’ Jack Devemy