lundi 23 juillet 2012

                    BERTIGNAC

« J’aime bien les gens qui, au départ, ont de beaux rêves et qui tentent de les réaliser. »
                                                                                      Louis Bertignac, Best, avril 1979.



 New-York avec  « trois »

         Louis naît à Oran, le 23 février 1954. Il n’a que deux ans et demi lorsque ses parents quittent l’Algérie – des bombes commencent à sauter ici et là – et se réfugient en France. Sa vocation, il la doit sans doute à son père, Joël, qui, tel Rastignac, lance un défi à Paris. Ce dernier, en effet, après avoir repris l’activité qu’il menait à Oran et qui consistait à ravitailler les juke-box qui trônaient dans tous les bistrots de la ville, se lance dans l’importation de magnétophones en droite ligne du Japon. C’est donc en naviguant entre des piles de 45 tours et de cassettes que Louis passe une enfance tranquille. Jusqu’au jour où, second coup de pouce du destin, il entend Keith Richards asséner l’intro de Jumpin’ Jack Flash sur sa Fender Telecaster. « Je ne lâchais plus la chaîne stéréo, c’est là que j’ai arrêté de bien travailler à l’école et que je me suis mis à jouer. » C’est au printemps 1972 que Louis rencontre ses premiers compagnons de route : Lionel Lumbroso à la basse et au chant, un autre Lionel ( Blévis ) à la guitare rythmique et un dénommé Bernard Drouillet à la batterie. L’année scolaire 1973 – 74 marque un jalon important dans sa vie, non pas parce qu’il est censé préparer le Bac mais parce que fait irruption au lycée Carnot du 17° arrondissement un certain Jean-Louis Aubert qui, lui,vient de se faire virer du lycée Pasteur pour indiscipline. Ca tombe bien : Lionel Blévis a renoncé à la musique pour se consacrer à ses études de chirurgie dentaire. Jean-Louis prend sa place. Il faut un nom pour le groupe et Lionel (Lumbroso ) propose Korange mais ce n’est pas terrible ! Comme dit Jean-Louis, « ça fait vraiment trop boisson gazeuse ! » Plus tard, d’autres groupes, comme Pulp ou Oasis, se poseront moins de questions !!! Entre-temps,Louis a rencontré une danseuse professionnelle : Corine Marienneau. «  Il me racontait ses histoires de cœur, je lui faisais réviser son anglais pour le Bac. Nous cultivions une amitié très tendre. » Il faut croire que les leçons de Corine sont efficaces puisqu’il décroche son Bac haut la main, et motivantes puisqu’il décide de partir sur-le-champ pour les USA. Il ne part pas seul, il est accompagné de Lionel Lumbroso et tous deux sont bientôt rejoints par Jean-Louis et son pote Olivier Caudron. Ce n’est pas encore New York Avec Toi mais New York avec « trois ». Mais, au fait, qui est Olivier, le troisième lascar ? Vous ne connaissez que lui : Olive, le futur chanteur de Lili Drop, groupe mythique des années 80 dont la bassiste n’était autre que Enzo Enzo. Rappelez-vous leur tube : Sur Ma Mob ! Les vétérans se souviendront les avoir vus le mardi 19 janvier 1982 au Palais Saint Sauveur de Lille en première partie de Orchestral Manœuvres In The Dark. Une bonne nouvelle était tombée en 2005 : Lili Drop s’était reformé mais, vu l’état de santé d’Olive, les concerts prévus sont annulés et à l’heure où j’écris ces lignes Olive est toujours hospitalisé. Remets-toi vite, Olive, on t’attend ! Toujours est-il que la bande des quatre reste deux mois aux USA et y vit une épopée magique. Louis rapporte un souvenir de son séjour : une Gibson SG de 59, achetée 40 dollars (c’est tout ce qui lui reste) à un baba-cool qui l’avait pris en stop à bord de son bus Volkswagen.

Cherche le meilleur groupe du monde

         De retour à Paris, à l’automne 1974, Louis entreprend des études de médecine à Jussieu mais il n’entend nullement abandonner son activité musicale. En novembre, il est sollicité par Richard Kolinka et son bassiste Daniel Roux, qui avaient formé un groupe baptisé Semolina. Mais le courant ne passe pas entre Louis et Richard. «  Kolinka avait une super technique, mais un peu trop jazz à mon goût, pas efficace … Il faisait beaucoup de roulements, il ne connaissait pas le tchak poum poum à la Charlie Watts. » Et en plus il préférait les Who aux Stones !!! Louis tire un trait sur Semolina. Qu’à cela ne tienne, en décembre, Higelin l’invite à une répétition de son prochain spectacle à l’Olympia où il doit se produire en première partie du groupe Sparks. Au cours de la répétition, Higelin engueule son guitariste Simon Boissezon qui remballe sa guitare en déclarant : «  Puisque c’est comme ça, je me casse ! » Louis saute sur l’occasion et demande à l’autre guitariste, Bernard Madelin, s’il peut essayer sa guitare. « Bien évidemment, j’ai fait la frime et Higelin est venu me voir pour me demander si je ne voulais pas jouer avec eux. J’ai dit : faut voir !... Un quart d’heure après, j’étais le guitariste d’Higelin. » Louis démarre la tournée autour de l’album BBH 75. Sa collaboration avec le grand Jacques ira jusqu’à l’album Irradié dans lequel il cosigne deux titres Le Courage De Vivre et Un Œil Sur La Bagarre. Au bout d’un an, il dit adieu à Higelin et fait un bref passage au sein de Shakin’ Street, dirigé par Fabienne Shine. Puis, en quête d’un nouveau groupe, il fait appel à Aubert et propose Corine (qui est devenue sa petite amie) comme bassiste. Aubert accepte, à condition d’engager Kolinka. Mais ça, vous connaissez, c’est l’histoire de Téléphone.

Cherche le bonheur

         Le Téléphone sonne pendant plus de dix ans et Louis Bertignac est le premier à raccrocher. Il forme un nouveau groupe Les Visiteurs avec Hafid (batterie), Serge (guitare), Bernard Loy (claviers) et Corine. Ils donnent leur premier concert en juillet 1986 à New York sur une jonque au pied de la statue de la Liberté… sous les yeux de Danielle Mitterrand !!! Mais le groupe ne survit pas au premier disque. En 1996 sort l’album solo, finement intitulé 1996, avec la participation du producteur (des Stones) Chris Kimsey, du pianiste (des Stones) Chuck Leavell, de l’ex-égérie (des Stones) Marianne Faithfull. En 2005 sort un nouvel album, tout aussi finement intitulé Longtemps (il aura fallu attendre près de dix ans !). C’est Carla Bruni qui signe plusieurs textes, juste retour des choses, puisque Louis s’était chargé de la réalisation de Quelqu’un m’a dit. «En ce moment, c’est une bonne période. Je suis heureux comme un pape depuis que ma fille (Lola) est née et que les concerts ont repris. »


                                                                                            Jumpin’ Jack Devemy