lundi 23 juillet 2012

BILLY  CHILDISH



Kurt Cobain vouait un véritable culte à l’un des innombrables groupes de Billy, Thee Mighty Caesars. Jack White apparut avec le nom de Billy écrit en grosses lettres sur son avant-bras après que la BBC eut refusé de laisser son héros peindre sur scène lors d’une prestation des White Stripes au fameux show télévisé Top Of The Pops. Mais qui est donc ce doux frappadingue aux moustaches en guidon de vélo, qui compte à son actif plus de cent albums, quarante recueils de poèmes, trois romans, une traduction de Céline en anglais et plus de deux mille dessins et peintures ?

Chatham, je t’aime

Billy Childish ou Wild Billy Childish (ça dépend, c’est comme il le sent!), de son vrai nom Steven John Hamper, est né le 1er décembre 1959 à Chatham dans le Kent, ce comté bordé au nord par la Tamise et au sud par la Manche. Chatham est une ville morne et crasseuse où les taxis refusent de sortir le soir et pourtant Childish semble s’y plaire puisqu’il y habite toujours, dans une maison mitoyenne à flanc de coteau. Son père était publicitaire, avec des prétentions de grandeur. Il roulait en Rolls Royce et dilapidait tout son argent pour ses deux seules passions : les femmes et l’alcool, tandis que sa famille rognait sur l’électricité et la nourriture. Il quitta le foyer quand Childish avait 7 ans. Un autre homme exerça une influence maléfique sur son destin : un ami de la famille, qui abusa sexuellement de lui lors d’un séjour en bord de mer, à Seasalter.  « Nous étions en vacances. Je dus partager mon lit avec lui. Ca dura plusieurs nuits. » Il avait 9 ans, mais ce n’est que beaucoup plus tard qu’il fut capable d’en parler , à travers ses premiers poèmes et son roman My Fault (1996). En 92, il sortit un single intitulé Pedophile avec son groupe d’alors, Thee Headcoats. Sur la pochette, il mit une vieille photo de vacances de l’homme qui abusa de lui.  « Je voulais la lui envoyer. Mais il est probablement mort. » A 16 ans, Childish quitte l’enseignement secondaire. Il échoue au concours d’entrée de l’école des beaux-arts et, nullement dépité, se fait embaucher au chantier naval. Il y reste six mois (un exploit, quand on sait qu’il a été au chômage pendant quinze ans !) et il en profite pour améliorer son art et exécuter quelque six cents dessins. Il se présente à St Martin’s, l’école d’art la plus réputée de Londres et, cette fois, il est accepté. Mais, lui, n’accepte pas les règles. En 82, il finira par se faire renvoyer pour absentéisme. En fait, il n’a pas le temps de faire tout ce qu’il voudrait. C’est un touche-à-tout et, bien sûr, il s’intéresse aussi à la musique.

Bricolage, milkshakes et élevage de poulets

Sa carrière musicale a démarré dès 77. A 18 ans donc, il fonde son premier groupe, TV 21, très vite rebaptisé les Pop Rivets (Les amateurs de bricolage apprécieront). Du pur punk rock : ça fait penser aux UK Subs et aux Vibrators, en plus rapide (c’est possible ?). En 79, ils enregistrent deux albums publiés à compte d’auteur sous le label Hipocrite : Greatest Hits et MT (Empty) Sounds From Anarchy Ranch, mais ils n’arrivent pas à percer hors de Chatham et cessent leurs activités en 80. Jusqu’alors, Childish s’était contenté de chanter, il décide d’apprendre la guitare et s’associe au guitariste- chanteur Mickey Hampshire, au bassiste Russ Wilkins et au batteur Bruce Brand pour former un nouveau groupe, Thee Milkshakes. L’âge d’or du punk touche à sa fin. Childish cherche ses influences ailleurs, chez des musiciens aussi différents que Bo Diddley, Link Wray ou les Sonics et c’est tout naturellement que son groupe s’oriente vers le garage rock. Childish n’en reste pas moins fidèle à l’éthique du punk « Do it yourself ». Il enregistre lui-même ses albums sans gros moyens financiers et très rapidement. C’est un homme pressé. En quatre ans d’existence, les Milkshakes enregistrent des dizaines de disques pour divers labels dans différents pays. En 84, alors qu’on lui reproche de sortir trop de disques et de saturer le public, Childish pousse la provocation jusqu’à enregistrer quatre albums en un jour. Le petit cercle de fans inconditionnels s’élargit petit à petit et les Milkshakes parviennent à classer deux singles dans le Top 20 du rock indé britannique : Brand New Cadillac (84), la reprise de Vince Taylor déjà faite par les Clash et Ambassadors Of Love (85). C’est le moment qu’ils choisissent pour se séparer. Se succèdent alors moult formations aux noms bizarres : Thee Mighty Caesars (85-89), Thee Headcoats (89-99), Wild Billy Childish & The Friends Of The Buff Medway Fanciers Association (2000-2006), ainsi nommée d’après une race de poulet élevé à Gillingham, tout près de Chatham et destiné aux tables des restaurants londoniens huppés (ce qui, ma foi, est tout à fait normal puisqu’il est question de volaille !). Vous me suivez toujours ? La dernière formation en date s’appelle The Musicians Of The British Empire, c’est celle que vous verrez à Diksmuide. Vous voulez le line-up ? Eh ben, j’vais vous l’dire ! L’inamovible Childish au chant et à la guitare, Nurse Julie au chant et à la basse et Wolf Howard à la batterie. Et si jamais vous les ratiez le 30 avril (mais vous seriez impardonnable) sachez qu’ils passent régulièrement à Londres au Dirty Water Club, dans le quartier d’Islington (prochaine date le 5 juin).

                                                                              Jumpin’ Jack Devemy