lundi 23 juillet 2012
Certains dont on parle beaucoup en ce moment ont pour
emblème une langue. D’autres préfèrent les papillons. Partez donc à la chasse
aux papillons ! Vous en trouverez un sur chaque pochette de disque de
Barclay James Harvest . Si le papillon n’apparaît pas quelque part sur un des
albums, confiez l’objet aux « chenilles » d’un bulldozer, vous êtes
en présence d’une contrefaçon.
Dis, comment tu t’appelles ?
L’histoire de
Barclay James Harvest commence à Oldham, petite ville au nord-est de
Manchester. John Lees et Stuart « Woolly » Wolstenholme sont
étudiants aux Beaux-Arts et, à leurs moments perdus, jouent dans un
groupe : The Sorcerers (Les Sorciers), qui, d’un coup de baguette magique,
se transforment en Blues Keepers. John n’a reçu aucune véritable formation
musicale mais s’est mis à la guitare dès l’âge de 14 ans. Woolly, de son côté,
est un multi-instrumentiste accompli : banjo, tambourin, harmonica,
guitare douze cordes et, plus tard, claviers. Pendant ce temps, Les Holroyd et
Mel Pritchard exercent leurs talents au sein de Heart And Soul And The Wickeds.
De la fusion de ces deux groupes naît Barclay James Harvest. En juin 67, Lees,
Wolstenholme, Holroyd et Pritchard, qui jouaient jusqu’alors du rhythm’n’blues,
décident de changer de style, sous l’influence des groupes psychédéliques de la
côte ouest qu’ils admirent, tels que Quicksilver Messenger Service ou Jefferson
Airplane. Mais comment choisissent-ils leur nouveau nom ? Ils écrivent des
mots simples sur des bouts de papier et les mettent dans un chapeau. Ils en
retiennent trois après tirage au sort : James, un ami qui a l’habitude de
travailler avec eux, Harvest (la moisson) car ils vivent, à l’époque, à Preston
House, une ferme du 18° siècle et Barclay(s), comme la banque, car ils espèrent
gagner de l’argent !!! Puis ils agencent les mots dans le bon ordre pour
obtenir ce nom qui sonne si bien : Barclay James Harvest. L’anecdote
paraît trop belle pour être vraie.
Woolly Moody
Leur premier
contrat avec EMI, sur le label Parlophone, ne prévoit la sortie que d’un seul
single. Celui-ci est publié en avril 68, il s »appelle Early Morning.
S’il est bien accueilli c’est, il faut le dire, en partie grâce à John Peel
(récemment disparu, hélas!) qui convie le groupe à ses fameuses sessions de
radio. Tant et si bien que BJH signe un contrat définitif avec EMI et donne
même son nom au nouveau label underground de la maison de disques :
Harvest. Le deuxième single Brother Thrush paraît en juin 69 et le
premier album éponyme, un an plus tard. A cette occasion BJH utilise les
services d’un orchestre symphonique dirigé par Robert Godfrey. Il n’est pas le
premier. Les Moody Blues ont enregistré leur concept-album Days Of Future
Passed dès 68, The Nice a aussi tenté l’expérience avec Five Bridges
Suite et Deep Purple s’est joint au London Philharmonic Orchestra, fort de
ses 100 musiciens, pour créer au Royal Albert Hall de Londres son désastreux Concerto
For Group And Orchestra. Mais BJH pousse un peu plus loin le bouchon :
il embarque un grand orchestre dans sa tournée … qui s’avère un échec
financier. Le son imprégné de mélodies folk, d’harmonies vocales, de violons et
de cuivres est essentiellement dominé par le mellotron (ancêtre du synthé) de
Woolly Wolstenholme. Un son très inspiré de celui des Moody Blues, ce qui vaut
au groupe d’être brocardé et traité de « Moody Blues du pauvre ».
Avec une autodérision toute britannique BJH en fera une chanson : Poor
Man’s Moody Blues qui figurera sur l’album Gone To Earth (77). Le
deuxième album Once Again (71) contient le superbe Mockingbird.
BJH enregistre deux autres albums pour Harvest : Short Stories (71)
et Baby James Harvest (72). Il publie aussi deux singles : When
The City Sleeps et Breathless sous le pseudonyme de Bombadil (nom
tiré d’une nouvelle de J. R. R. Tolkien). 1973 voit le groupe se séparer de sa
maison de disques après un dernier single : Rock And Roll Woman.
Berlin - Lille
C’est sous le
label Polydor que BJH connaît ses premiers succès commerciaux : Everyone
Is Everybody Else (74), Time Honoured Ghosts (75) et surtout Octoberon
(76) sur lequel on trouve le fameux Rock’N’Roll Star. En 79, Woolly
quitte le groupe pour mener une carrière solo. Kevin Mc Alea et Colin Browne
(qui sera présent au Splendid) le remplacent. Le 30 août 80, BJH donne un
concert gratuit près du Mur de Berlin devant 175 000 personnes.
L’album-souvenit Concert For The People sort en 82 et remporte un gros
succès en Allemagne comme en Angleterre. BJH est populaire en France aussi
mais, le dimanche 21 novembre 82, à l’ex-Foire de Lille, nous n’étions certes
pas aussi nombreux qu’à Berlin et surtout il faisait un froid de canard, à tel
point que nous fûmes privés de rappel, un roadie nous annonçant que le
guitariste, pris d’un malaise, devait être emmené à l’hôpital. Sans doute
« refroidi » par cette triste expérience BJH reviendra nous voir au
même endroit mais juste avant l’été, le samedi 2 juin 84, lors de la tournée
promotionnelle des deux albums successifs Ring Of Changes et Victims
Of Circumstance.
BJH
sera au Splendid le jeudi 6 octobre sans Mel Pritchard, malheureusement décédé
d’une crise cardiaque le 28 janvier 2004 à l’âge de 56 ans ni John Lees qui
poursuit une carrière parallèle depuis mars 98. Je vous livre le line-up actuel :
outre Les Holroyd, Mike Byron-Hehir (guitare), Ian Wilson (guitare rythmique et
basse), Steve Butler (percussion et claviers), Chris Jago (batterie) et Colin
Browne (claviers).
Jumpin’ Jack Devemy
mercredi 18 juillet 2012
Vendredi
10 mai 1974. Faches-Thumesnil. 21h, la Rotonde (baptisée depuis salle Jacques
Brel) s’ouvre à l’évangélisation de la population nordiste. 21h, c’est
du moins ce qui est indiqué sur l’affiche car les concerts, à l’époque, ne
commençaient jamais à l’heure. Il fallait bien, il est vrai, laisser le temps à
tous ces mécréants de saluer leurs congénères rencontrés, quelques semaines
auparavant, au concert de Deep Purple à Courtrai ou à celui d’Higelin à la MJC
Marx Dormoy, puis d’échanger leurs impressions avant que de s’asseoir ou se
vautrer à même le sol. Il fallait aussi attendre que, pressentant le début des
festivités, ils se décident à filer vers le bar et reviennent à leur place en
zigzaguant à travers le public, une bière dans une main, une cigarette dans
l’autre. Le lieu était alors enfumé à souhait, le spectacle pouvait
commencer ! Et Ange d’égrener les perles d’ Au-Delà Du Délire. Et
nous de sourire « aux anges ».
Un Ange passe à Reading
Le groupe,
dont les initiales signifient Analyse Naturelle des Grands Esprits, se
constitue en 69 à Belfort autour de Christian Décamps et son frère cadet,
Francis. Christian et Francis (chant et claviers) sont accompagnés par Gérard
Jelsch (batterie), Jean-Michel Brezovar (guitare solo), Patrick Kachanian
(basse). Ils remportent un premier succès avec La Fantastique Epopée Du
Général Machin, une satire anti-militariste en 19 tableaux qui dure trois heures ! Le concert est
gratuit et les spectateurs donnent ce qu’ils veulent à la sortie. Puis
(entre-temps Patrick Kachanian a été remplacé par Daniel Haas) ils remportent,
le 2 juillet 71, le tremplin du Golf Drouot, le mythique « Temple du
Rock » d’Henri Leproux. C’est là qu’ils se font remarquer par Johnny
Hallyday qui les engage comme première partie de sa tournée d’été en 72. Ils en
profitent pour faire la promotion de leur premier album Caricatures.
Théâtralisation, lyrisme moyenâgeux, emprunts à de vieux contes et légendes
populaires, ésotérisme et mysticisme : Ange a trouvé son image de marque.
Et le public répond présent. Musicalement, le groupe est fortement inspiré par
les groupes progressifs anglais King Crimson et Genesis. D’ailleurs, c’est
juste avant Genesis (à 13h) qu’il se produit au Festival de Reading, durant
l’été 73, devant une foule énorme qui lui fait une ovation, contredisant
complètement le fameux proverbe : « Chut !...un Ange
passe ! ». Cette même année, il enregistre Le Cimetière Des
Arlequins, où figure la reprise historique de Ces Gens-Là de Jacques
Brel. Ce deuxième album lui permet de réaliser les meilleures ventes de sa
carrière : disque d’or et plus de 500 000 exemplaires vendus. En
janvier 74, Ange donne son premier grand concert parisien à la Mutualité devant
plus de 2000 spectateurs, ça fait bien longtemps qu’un groupe français n’a pas
réalisé un tel exploit. Le troisième album Au-Delà Du Délire sort dans
la foulée et sera aussi disque d’or. Fin 74, Guénolé Biger remplace Gérard
Jelsch et l’enregistrement d’Emile Jacotey commence, inspiré par une
vision mystérieuse et romantique des paysans de Haute-Saône. En 76, Par Les
Fils De Mandrin obtient le Grand Prix de l’Académie Charles Cros. S’ensuit
une extraordinaire tournée promo qui démarre au Palais des Sports de Lyon le 12
mai 77 (10 000 personnes – plus que pour les Who- et 5 rappels) et qui
s’achève Porte de Versailles à Paris les 25 et 26 mai. Les deux derniers
concerts seront enregistrés pour donner naissance au double album live Tome
VI. Personnellement j’avais eu le privilège de voir Ange dès le vendredi 14
janvier 1977 aux Halles de Courtrai. Je m’en souviens comme si c’était
hier : Ange était arrivé en retard, ayant rencontré des problèmes à la
frontière et, à la sortie, il faisait un brouillard à couper au couteau. Je
revois encore la conductrice qui me précédait quitter la route et s’égarer sur
un parking. J’espère qu’elle en a trouvé la sortie depuis ! A la fin de
l’année 77, le groupe , épuisé, décide provisoirement de cesser ses
activités.
Une patience d’ange
Il faudra une
patience d’ange pour attendre son retour en 80 et fêter ses 10 années
d’existence en 81. Depuis, Ange enregistre album sur album. Mais cette période,
les moins de trente ans ont plus de chances de la connaître. Alors, citons au
hasard : A Propos De … (82) qui rend hommage à Polnareff, Brel
(reprise de A Jeun), Brassens, Nougaro, Aznavour et Dutronc ; Les
Larmes Du Dalaï Lama (92) ; Memo (94), une compilation qui
comporte 5 titres inédits enregistrés en 72. Une tournée d’ « à
Dieu » et non pas d’ « adieu » en 95 : « Ange n’arrête
pas sa carrière, la première génération tire sa révérence pour laisser place à
la seconde, rendez-vous à tout de suite…un ange est immortel… » (Christian
Décamps) et la sortie de l’album Un P’tit Tour Et Puis S’en Vont enregistré
en public au théâtre Sébastopol de Lille le mercredi 7 mai (j’y étais, bien
sûr !). Mais les voilà qui reviennent : le père Christian Décamps, le
fils Tristan et les nouveaux angelots : Caroline Crozat (chant), Hassan
Hajdi (guitare), Thierry Sidhoum (basse) et Benoît Cazzulini (batterie). Et le
19 novembre prochain, « on ira tous au Paradis ! ».
Jumpin’ Jack Devemy
mercredi 11 juillet 2012
MICK TAYLOR
Evènement à ne rater
sous aucun prétexte : la venue à Lille de l’ex-Rolling Stones Mick Taylor.
Le 2 juillet dernier, à Paris, au New Morning, il nous donnait un aperçu de ses
talents. Mais laissez-moi plutôt vous raconter !
Le concert étant sold out, je me suis rendu très tôt sur
place. Bien m’en a pris ! J’assiste à l’entrée de Mick. Un professionnel
comme lui n’a pas besoin de trois heures pour faire sa balance : après
avoir répété deux morceaux, il ressort pour rejoindre son hôtel proche. Il a
perdu quelques kilos depuis la dernière fois que je l’ai vu. C’était le 21 juin 2003, lors de la Fête de
la Musique à l’Hippodrome de Marcq en Baroeul. J’avais eu le malheur de lui
demander de dédicacer des photos que j’avais prises de lui à Béthune 4 ans
auparavant. Il avait tiqué. C’est vrai qu’à l’époque il avait grossi et la
comparaison avec les photos n’était guère flatteuse. J’en entends parmi le
public agglutiné devant la salle qui s’exclament : « T’as vu
l’âge qu’il a ! Il est tout bouffi ! ». Ben forcément ! S’ils en sont restés à son image de la période
Stones, ils ont du mal à le reconnaître. D’accord, il a vieilli, et
alors ? Il est né le 17 janvier 49 à Welwyn Garden City dans le
Hertfordshire, au nord de Londres et il va donc bientôt fêter ses 61 ans.
La moyenne d’âge des spectateurs se situe aux alentours de 50 ans. Il y a aussi
quelques jeunes qui, du coup, ne réagiront pas quand on annoncera Joël Daydé en
première partie. C’est lui qui avait fait
la première reprise de Mamy Blue en 71,
avant Nicoletta quand même ! Seul à la guitare acoustique ou Strat de
69 (il aurait quand même pu éviter de nous faire remarquer combien ça coûte une
guitare pareille !), il frime un peu et a le tort de s’attaquer à des
standards du blues comme Walking Blues,
Little Red Rooster ou You Gotta Move juste avant Mick Taylor.
Au bout d’un certain temps, une partie du public se lasse et réclame son
départ. Pourtant Joël Daydé connaît le blues et le prouvera durant ses 45
minutes sur scène.0n ne peut que regretter un tel comportement de la part de
gens qui, eux, sans doute, sont ignares en la matière. Daydé ne viendra pas à Lille. C’est le seul concert parmi les 17 prévus
en France au mois d’octobre où il n’assurera pas la première partie. Il
commence à faire une chaleur étouffante et je suis ruisselant de sueur. Si je n’étais un fan inconditionnel du grand
Mick, je me dirigerais vers le bar pour y profiter de la clim et y étancher ma
soif. Dans ce cas je renoncerais définitivement aux premiers rangs. Mais le courage
et la persévérance sont toujours récompensés. Vers 22 heures, entrée en
scène de l’ami Max Middleton, costume d’été et panama. Rappelons qu’il a débuté
sa carrière en jouant du clavier pour Jeff Beck. Le reste du groupe fait son
apparition. Jeff Allen (batterie), Kuma
Harada (basse) et Denny Newman (guitare et chant). Et le voilà, celui qu’on
attendait tant. Notre Mick s’approche du micro, il est applaudi à tout rompre.
Pendant que ses musiciens s’installent, il commence à nous expliquer pourquoi
il aime la salle, parce qu’il est proche de son public. Et bla-bla-bla !
Et bla-bla-bla ! Un agréable moment intime dans la pure tradition du
blues. Et ce n’est pas comme Zazie dans le métro. Il cause, il cause, mais ce
n’est pas tout ce qu’il sait faire. Il empoigne sa guitare et c’est parti pour Secret Affair suivi de Twisted Sister. Les deux compositions personnelles qui ouvrent l’album A Stone’s Throw (98), sorti 20 ans
après un premier disque solo éponyme. Le public se sent alors autorisé à
lui réclamer à cor et à cri Alabama.
Un titre du premier album solo susnommé, Mick Taylor. Enchaînement normal
sur Losing My Faith. Un autre extrait de A Stone’s Throw. Après ces 4 chansons d’une dizaine de minutes
chacune, il cède à l’envie d’aller fumer une clope et vider un godet dans les
coulisses, laissant son guitariste rythmique, Denny Newman, interpréter l’une
de ses compositions : Burying
Ground. Il revient quelques minutes plus tard, le temps de changer de
chemise et de tomber la veste. Il prend le dernier solo sur Burying Ground puis le concert prend
une toute autre dimension. Mick se lance dans une série de reprises. A
commencer par Blind Willie Mc Tell. Une chanson de Bob Dylan avec lequel il a
travaillé sur l’album Infidels en
83. Il y intègre une partie de Layla
(Clapton) et d’ All Along The Watchtower
(Dylan). Vient l’apothéose : la reprise des Stones, Can’t You Hear Me Knocking. Sur l’album Sticky Fingers (71). Il en revendique la paternité sans pour autant
avoir été crédité. A la fin du morceau, Mick se jette par terre (est-ce
bien raisonnable à son âge ?). Il reviendra pour un seul rappel, mais quel
rappel ! La chanson No Expectations
des Stones (encore eux !) qu’il jouera assis sur un tabouret. Il nous
explique que c’est bien la première fois, mais il a mal au dos. Depuis il s’est fait examiner et souhaite
porter le message suivant à ses fans : « C’est avec un profond
regret que je dois annoncer que les dates aux Etats-Unis et au Canada prévues
pour juillet et août devront être annulées, en raison de problèmes de santé.
Pendant mon séjour à l’hôpital, mes médecins m’ont formellement déconseillé de
voyager en ce moment ». Espérons qu’il sera rétabli pour la tournée
française prévue en octobre ! Cette fois, c’est bien fini. It’s all
over now. Allez, un dernier medley pour la route ! Mick se lève et joue
quelques accords de Brown Sugar et Satisfaction. Il est resté un Rolling
Stone dans l’âme et c’est pour ça qu’on l’aime !
Jumpin’ Jack Devemy
Les interviews de Jumpin' Jack D. : Albert Lee-Fête de la Musique à Marcq-en-Baroeul le 21 juin 2012
Bla bla bla
Comment venir au concert de Manu Chao à Lille/Marquette dimanche 15 juillet ?
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